Quel écrivain du Caillou, poète, romancier ou essayiste, n’a-t-il jamais loué l’existence en effet d’une âme calédonienne ? Les uns louant les ancêtres et les vieux, les autres les vieux et les pionniers, mais au moins y avait-il là quelque chose en commun puisque tous reconnaissaient que les figures du passé, anonymes et célèbres, avaient contribué à créer ce qui pouvait être une « âme calédonienne ». Depuis le 13 mai, dans la folie destructrice, haineuse, mais organisée, de certains hommes, assurément, nous avons perdu nos âmes. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », écrivait Aragon. C’est en tous cas ainsi qu’ils vivent ici, perpétrant la violence, les destructions au nom d’une idéologie, hors de toutes les valeurs calédoniennes, en ce qu’elle veut et réclame le mal pour l’autre. Les écoles, les églises, Ataï portent dans la fumée de leurs incendies les stigmates de cette haine. Alors oui, peut-être existe-t-il encore un fond d’âme calédonienne, telle une flamme vacillante, qui permettra quasiment par miracle de nous extirper de là où l’on nous a plongés et qui ressemble à l’enfer.
Nicolas Vignoles



