Kingtäz : “Aujourd’hui, faire rire c’est compliqué”

Kingtäz, un entrepreneur bien connu en Nouvelle-Calédonie pour ses vidéos humoristiques et son engagement communautaire, témoigne après les récentes émeutes qui ont ravagé son lieu de travail, le 14 mai dernier.

La situation de Kingtäz est représentative de nombreux entrepreneurs calédoniens qui ont vu leur travail de toute une vie anéanti en quelques jours. “Ça va prendre énormément de temps pour régler nos soucis d’assurance. La majeure partie de notre matériel est saccagée et ce qui reste est imprégné de suie et de cendres, confie-t-il. Les deux locaux à côté du nôtre ont pris feu.” Le traumatisme est encore vif alors ses locaux sont partis en fumés le 14 mai dernier. “Quand les émeutiers sont entrés, nous étions devant les caméras en direct. La police nous a dit qu’ils ne pouvaient rien faire, qu’ils n’avaient pas les ressources humaines nécessaires”, dit-il.

Malgré toute sa volonté, Kingtäz, de son vrai nom Quentin Joubert, peine à repartir de l’avant. “Le climat est tellement tendu et clivé que j’ai peur des mauvaises interprétations, même si mon intention reste la plus noble possible. J’ai toujours essayé de rester neutre dans mon humour, mais aujourd’hui, faire rire est compliqué.” Aujourd’hui, le travail de l’influenceur, qui consistait à utiliser l’humour pour fédérer et promouvoir le vivre ensemble à ses 72 000 abonnés (sur Facebook), est désormais en suspens. “Les gens sont découragés. Ils ont construit pendant quarante ans et en deux semaines, tout a été mis à terre. Si ça se trouve, les gens qui ont saccagé nos locaux sont des abonnés, déplore-t-il, le moral en berne.

Une baisse de motivation qui s’accompagne de la perte des moyens matériels. Dès lors, sans équipement, difficile de produire du contenu de qualité. “Je n’ai plus grand-chose. La cabine d’enregistrement est détruite, souffle-t-il.

« Recommencer à zéro serait très dur »

Se décrivant comme un Calédonien de cœur depuis trente ans, Kingtäz remet en question de son identité. “Je suis ici depuis 1995. On se sent forcément étranger alors qu’il y a un mois encore, on était soudés. Je n’ai pas envie d’offrir une vie comme ça à mes enfants”, avance-t-il encore. Au point de quitter le Caillou dans les semaines ou les mois à venir ? C’est une possibilité. “On a des points d’attache un peu partout dans le monde, mais se résigner à devoir faire le deuil de toute une vie ici est difficile. Je suis parti de rien en Nouvelle-Calédonie, j’ai énormément travaillé pour en arriver là. Recommencer à zéro serait très dur.”

En dépit des défis, Kingtäz espère que la situation s’améliorera et que la communauté calédonienne retrouvera un semblant de normalité. Mais pour l’instant, la priorité reste la reconstruction et le soutien mutuel entre habitants.

Margaux Lorenzini

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