Durant deux jours et sur quatre grands axes, douze pays et territoires se sont retrouvés dans la salle de conférence du Château Royal à Nouméa pour discuter coopération contre le trafic international de drogue dans le Pacifique. Proposée en 2023 par le président Emmanuel Macron lui-même, l’académie du Pacifique vient de prendre fin.
État actuel de la menace, impact économique et social du trafic de drogue, rôle des organisations inter agence sur la coopération maritime… « Le trafic de drogue ne respecte ni les zones économiques et sociales, ni les juridictions, ni les séparations entre les différents services » ponctue le Haut-Commissaire de la République. Pour nous faire une idée de l’ampleur du trafic dans le Pacifique, Jacques Billant donne quelques chiffres : au premier trimestre de l’année, 14 tonnes de drogues ont été interceptées par la marine de Polynésie. Un record absolu, faisant de cet océan une « véritable autoroute de la drogue » selon ses termes.
Mais encore ? D’abord, comprendre que le Pacifique est l’une des seules régions au monde qui rassemble trois systèmes législatifs diamétralement opposés : le système de Westminster (on parle ici par exemple de l’Australie), le droit napoléonien (le nôtre) mais aussi le droit coutumier. Ainsi, chaque pays a-t-il ses lois et ses manières de les faire appliquer. Des moyens différents, également. La France est particulièrement bien dotée, mais ce n’est pas forcément le cas du Tonga : ils doivent pourtant lutter à égalité contre ces trafics.
« Comprendre l’ampleur des cargaisons permet de travailler l’efficacité de notre coopération »
C’est la raison pour laquelle la France propose des formations. Depuis l’année dernière, des policiers et membres du système judiciaire d’autres États viennent en Nouvelle-Calédonie pour apprendre les méthodes et les moyens français mis en œuvre pour combattre les trafiquants. Ce séminaire a permis de planifier de nouveaux stages de ce genre.
Autre objet de discussions : se rendre compte que les organisations criminelles exploitent l’immensité de l’océan et les capacités limitées de la surveillance de certains territoires… Ainsi les États ont-ils appris le nombre extraordinaire de moyens de transport de la drogue : acheminement par voiliers, conteneurs, navires de commerce, largages de ballots, semi-submersibles… « Comprendre l’ampleur des cargaisons, expose Camille Miansoni, procureur général du Caillou, permet de travailler l’efficacité de notre coopération. »
Selon lui, une chose nous échappait jusqu’à présent. « Pour démanteler un réseau, il faut s’intéresser à tous les maillons », explique-t-il. Celui qui consomme et celui qui produit sont bien connus. Mais pas encore ceux qui transportent, organisent la logistique et managent les transporteurs… étape pourtant essentielle du trafic. « En ayant identifié les différentes problématiques, nous allons pouvoir avancer » parachève le procureur général.
J.E.

