Depuis le 17 octobre, à plusieurs reprises, spécialistes et historiens ont établi des comparaisons entre ce que la France vit actuellement, et ce qu’elle a vécu en mai 1968.
Mai 68, en effet, c’est la révolte dans la rue, les policiers pris à partie, et la grève dans de nombreux secteurs, à l’appel notamment de la CGT et du PCF. Ouvriers et étudiants réunis dans une sorte de « convergence des luttes », dont l’objectif est le départ du général de Gaulle d’un pouvoir qu’il occupe depuis 1958. Situation qui, sans en être la reproduction exacte, s’apparente fortement à ce que la France connaît depuis plusieurs semaines. Sauf que contrairement à aujourd’hui, en 1968, il y avait un pouvoir qui, après avoir certes chancelé, a su reprendre les choses en main.
Des menaces de dictature
Pour ramener l’ordre dans le pays, de Gaulle dissout l’Assemblée. Il annonce des élections législatives, dans un propos qui résonne étrangement à nos oreilles actuellement, « à moins, dit-il en effet, qu’on entende bâillonner le peuple français tout entier en l’empêchant de s’exprimer, en même temps qu’on l’empêche de vivre, par les mêmes moyens qu’on empêche les étudiants d’étudier, les enseignants d’enseigner, les travailleurs de travailler. Ces moyens, ce sont l’intimidation, l’intoxication et la tyrannie exercées par des groupes organisés de longue main en conséquence, et par un parti qui est une entreprise totalitaire, même s’il a déjà des rivaux à cet égard ». Et de Gaulle rappelle aux préfets leur tâche qui consiste, dit-il, « à assurer autant que possible l’existence de la population et à empêcher la subversion à tout moment et en tout lieu ». Il y a donc des similitudes entre ce que nous vivons aujourd’hui et ce qui était il y a 58 ans, comme le prouve la fin de l’intervention radio-télédiffusée du général de Gaulle de ce 30 mai 1968. « La France, en effet, est menacée de dictature, déclarait-il. On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s’imposerait dans le désespoir national. Lequel pouvoir serait alors, évidemment, essentiellement celui du vainqueur, c’est-à-dire celui du communisme totalitaire. Naturellement, on le colorerait, pour commencer, d’une apparence trompeuse, en utilisant l’ambition et la haine de politiciens au rencard. Après quoi, ces personnages ne pèseraient pas plus que leur poids, qui ne serait pas lourd. Eh bien, non, la République n’abdiquera pas. Le peuple se ressaisira. Le progrès, l’indépendance et la paix l’emporteront avec la liberté ». Au lendemain de ce discours, un million de personnes défilaient sur les Champs- Élysées pour soutenir le général, « l’affaire de mai » était terminée.
J.D


