Le prix des carburants augmente encore ce mois-ci, pour dépasser les 200 francs

Encore une mauvaise nouvelle pour les conducteurs calédoniens. Les prix du litre d’essence et de gazole à la pompe dépassent la barre symbolique des 200 francs pour le mois de novembre. Une première pour l’essence, une habitude pour le gazole. Le gouvernement abdique et ne déclenchera aucune aide.

Au fond de la station-service, trois femmes entassées dans une minuscule citadine discutent optimisation pendant que le pompiste met sur leur ordre 1000 francs d’essence. Optimisation des litres, des déplacements, des dépenses… Le débat est agité. Au volant, Geneviève fait l’arbitrage avec ses deux cousines. Chaque jour, la jeune femme les amène et les récupère au travail. Un covoiturage imposé par la nouvelle augmentation des prix du carburant depuis dimanche.

Comparé au mois d’octobre, l’essence a augmenté de 10%, soit 18,2 francs : elle est à 200,6 francs le litre. Ce n’est jamais arrivé. De son côté, le gazole augmente de 7% : le litre coûte désormais 204 francs dans toutes les stations-services. Geneviève ne travaille pas, alors ses rentrées d’argent varient d’un jour à l’autre : « je ne fais jamais le plein, et ne peut mettre que 2000 francs maximum à chaque passage » , explique-t-elle. Avant les hausses, ces 2000 francs d’essence lui suffisaient pour la semaine. Désormais, avec cette somme, elle devrait faire un plein tous les trois jours. Impossible.

Des hausses qui n’étonnent plus

Les causes sont identiques depuis des mois : la persistance des tensions au Moyen-Orient et le blocage partiel du détroit d’Ormuz affectent toujours lourdement les approvisionnements pétroliers. Des facteurs qui s’ajoutent à la fragilité de notre économie. Des explications que l’on connaît désormais par cœur et une hausse qui n’étonne plus personne, à l’image de Lydia Tjohoredjo, responsable de la station Mobil de la Vallée des Colons. « Les gens ne changent plus leurs habitudes avec cette hausse des coûts. Nos clients commencent à les prendre en compte dans leur budget » relate la gérante. Aucun impact prévu sur son chiffre d’affaires, donc.

De l’autre côté du comptoir, Déborah, mère de famille, l’explique aisément : elle roule moins, ne fume plus : c’est ce qui lui permet d’amortir la hausse et de faire quelques achats à la station. D’autres conducteurs interrogés, eux, nuancent ces témoignages : le budget courses en prend un coup. Petit comme gros conducteur, tout le monde souffre de cette nouvelle hausse. La Fédé s’est érigée en porte-parole hier matin.

Des reliquats de crédit non consommés ?

« Le carburant flambe, la population et les salariés passent à la caisse » déclame la Fédé dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. Dans le texte long de plusieurs pages, le syndicat développe la situation difficile des calédoniens. Pour compenser la hausse, elle demande une nouvelle aide de la part du gouvernement, en invoquant des « reliquats de crédit non consommés » : « Nous interpellons l’État pour obtenir une aide exceptionnelle au carburant, en proposant de mobiliser les éventuels crédits du pacte de refondation non consommés de l’exercice 2026. »

Ce ne serait pas une première. En juin dernier, Christopher Gygès, alors ministre de l’Économie et de l’Energie, dévoilait en grande pompe l’aide « Soutien Carburant Pro ». Le dispositif prenait la forme d’un abattement de 25 francs par litre de gazole et 15 francs par litre d’essence et s’adressait à certains professionnels. Prévue pour une durée de trois mois, elle a pris fin en septembre.

« Si je trouve un arbre dans lequel pousse de l’argent, je vous le dirai »

Et elle ne sera pas renouvelée, selon les déclarations de Milakulo Tukumuli : « Si je trouve un arbre dans lequel pousse de l’argent, je vous le dirai. Pour l’instant, ça ne pousse pas » assène-t-il devant les journalistes désireux de connaître la position du gouvernement. C’est chose faite. Et qu’en est-il des reliquats dont parle la Fédé ? Selon lui, ils n’existent pas.

Pour le moment, aucune aide n’est donc à l’ordre du jour. En métropole, les prix de l’essence commencent au contraire à baisser : pour casser la spirale inflationniste, le gouvernement français a pris une mesure exceptionnelle en libérant une partie des réserves stratégiques de carburant. La Nouvelle-Calédonie ne dispose pas d’un tel levier ou de stocks de cette envergure pour peser sur les prix du marché.


Témoignage : ces Calédoniens durement impactés par la hausse des prix du carburant

Françoise, retraitée

Aujourd’hui et depuis sa retraite, cette habitante de Nouméa ne prend quasiment jamais sa voiture… sauf quand il faut se soigner : « Je reviens de la pharmacie justement » raconte-t-elle. Et plus tard dans la journée, un autre rendez-vous l’attend chez le médecin. La maladie et la vieillesse ne s’intéressent pas à la hausse des prix du carburant, et « à mon âge, c’est difficile d’être à pied » résume cette dernière. Pour sa santé, elle doit payer plus, et réduire drastiquement d’autres dépenses. Parfois, prendre sa voiture n’est pas une option.

 

Jeanine, employée en maison de retraite

La salariée en est à son deuxième passage à la station-service depuis le début de la journée. 1 000 francs d’essence ce matin, 2 000 cet après-midi. « Je suis choquée de voir que le prix a encore augmenté » constate-t-elle. Alors Jeanine et sa famille doivent mettre au point des stratagèmes : habitante du Mont-Dore, elle emporte tout le monde jusqu’à Nouméa le matin pour le travail. Le soir, tout le monde se retrouve pour le chemin retour : « même si je termine le travail avant, je reste sur Nouméa et attends que tout le monde finisse ». Ce soir, elle doit emmener sa mère à la Tontouta. Elle ne sait pas comment payer…

 

Gregory fait ses déplacements professionnels avec sa propre voiture

La voiture de ce responsable commercial dans l’agroalimentaire est son outil de travail. Gregory doit se déplacer tous les jours pour voir des clients, alors son entreprise lui donne un budget mensuel pour l’essence depuis plusieurs années. 10 000 francs par mois. Ce qui n’est plus assez depuis longtemps… et la dernière augmentation marque le coup de grâce. En juin dernier, l’entreprise n’avait pas bénéficié de l’aide baptisée Soutien Carburant Pro destinée aux professionnels. Il n’est donc pas affecté d’apprendre que, de toute façon, elle n’existe plus et ne sera pas renouvelée.

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