« Oui, il y a la CCAT, mais il y a aussi la misère sociale »

Interrogé ce jeudi matin après la cellule de crise, Vaimu’a Muliava, membre du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, membre aussi de l’Éveil Océanien, a livré son sentiment sur la situation.

Quel retour a-t-il des membres de la communauté wallisienne et futunienne implantée sur le Caillou et globalement absente de la tension politique régnant depuis plusieurs semaines ? « Ils sont comme tous les Calédoniens, ils ont une appréhension. Beaucoup ont perdu leur travail. Ils sont dans l’attente de soins » et « vivent aussi dans la peur ». « A défaut de l’accord global, nous allons trouver un chaos global », pensait-il avant ces trois jours de fureur. Ce chaos global, « nous y sommes ».  «D’ailleurs, je voudrais adresser mes condoléances aux familles des victimes, que ce soit le gendarme qui a donné sa vie ou les trois jeunes qui ont trouvé la mort dans des circonstances horribles. »

« Nous sommes tous en train de détruire notre pays »

Visage fermé orné de lunettes de soleil, Vaimu’a Muliava appelle au calme. « Je crois que, maintenant, au pied du mur, il faut revenir à la raison, parce qu’aujourd’hui nous sommes tous en train de détruire notre pays, les églises, les pharmacies, les magasins alors que dans notre société il y a des gens qui doivent être pris en charge médicalement, dialysés sous les quarante-huit heures sinon ils peuvent décéder. »

Comment, selon lui, expliquer cette situation d’insurrection ? « Il y a la misère sociale aussi qui s’exprime aujourd’hui. Tout le monde parle de la CCAT : oui, il y a la CCAT, mais il y a aussi la misère sociale. On fait face à d’énormes difficultés. L’appel à la raison et au calme est plus que primordial aujourd’hui. »

Pour l’Eveil Océanien, « la poudrière s’est embrasée »

C’est le titre d’un communiqué publié mardi par l’Éveil Océanien. Le parti politique, par la voix de son bureau, écrit ceci : « Nous espérions du plus profond de nous-mêmes que nos explications d’hier lors du vote de la résolution de retrait du PJLC », c’est-à-dire le projet d’élargissement du corps électoral calédonien pour les élections provinciales, « ne nous rattraperaient pas dès le soir même… Si la mèche continue d’être consumée à l’endroit du Parlement français, ici ce sont dans nos entreprises, nos quartiers, nos habitations, nos routes, jusque dans notre chair que ça a brûlé. C’est un grand désarroi et beaucoup d’émotion qui nous ont saisis aujourd’hui, le détonateur n’étant même pas complètement enclenché, que les détonations ont déjà trop résonné. »

En conséquence, poursuit l’EO, « notre économie se retrouve désormais totalement à terre, et notre pays s’en retrouve déjà meurtri. Quels mots encore pour tout cela ? Aucun, le soutien à tous ceux qui ont été touchés, aux forces de l’ordre, aux pompiers et au personnel médical, la condamnation des exactions et de l’inaction, et le rétablissement de la situation par l’action du consensus, seul recours au pire ! Courage à chacune et chacun, veillez sur vous et vos familles en ces temps si troublés, en respectant le couvre-feu. »

Anthony Fillet

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