Dans la nuit de vendredi à samedi, entre minuit et une heure du matin, les gendarmes sont intervenus pour un incendie dans un bâtiment de la mairie de l’île des Pins, qui devait être utilisé comme bureau de vote ce dimanche pour les élections provinciales. Sur place, les militaires ont essuyé injures et jets de pierre. Une enquête a été ouverte alors qu’un mineur a été interpellé.
Un acte “inadmissible” et “inqualifiable”. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, Régis Vendegou, le maire de l’île des Pins, a clamé son indignation après l’incendie, dans la nuit de vendredi à samedi, d’un bâtiment de la mairie, situé à Vao. Une enquête, diligentée par la brigade de recherches de Nouméa et la brigade de gendarmerie de l’île des Pins, a été ouverte des chefs de destruction de biens par incendie, dégradations de biens d’utilité publique en réunion, vols en réunion, violences volontaires sans incapacité de travail sur des gendarmes avec arme et outrages à personne dépositaire de l’autorité publique.
Mais alors, que s’est-il précisément passé sur l’île ? Selon les informations communiquées par le parquet, les gendarmes ont d’abord été avisés d’un départ de feu aux alentours de 00h30. Sur place, ils tombent sur “cinq individus qui tentaient d’éteindre un incendie déclaré dans un bureau, jouxtant la salle du conseil municipal”. Mais la situation s’est malheureusement rapidement dégradée sur place. Les jeunes, visiblement “fortement alcoolisés”, ont proféré de nombreux outrages à l’égard des gendarmes. Et, lors de l’intervention, les gendarmes ont notamment été la cible de plusieurs faits de violence, avec notamment plusieurs jets de pierre enregistrés. “Un gendarme souffre d’un traumatisme sonore, l’évaluation de son préjudice corporel est en cours”, précise le procureur de la République, Yves Dupas, alors que “deux véhicules de service présentent de multiples impacts de ce caillassage”. Le vol des deux drapeaux de la Nouvelle-Calédonie a également été constaté.
Un mineur interpellé
Lors de l’opération, un mineur, âgé de 17 ans, a tout de même été interpellé par les militaires. Mais, samedi matin, il n’avait pas encore été entendu. “La mesure de garde à vue n’a pu, à ce stade, être notifiée au mineur mis en cause, toujours placé en dégrisement en raison de son état d’ivresse manifeste”, expliquait alors Yves Dupas. Et de poursuivre : “Le parquet et les enquêteurs de la gendarmerie entendent déployer avec détermination toutes les investigations utiles à l’identification des auteurs de ces exactions qui constituent des actes intolérables commis au préjudice de la commune et des forces de l’ordre, touchant ainsi les valeurs de la République, et de plus, la veille du scrutin provincial, moment important d’expression démocratique pour les citoyens.”
Car le bâtiment municipal touché par cet incendie devait notamment servir de bureau de vote, ce dimanche, lors des élections provinciales. Et si la municipalité espérait initialement nettoyer le bâtiment avant d’accueillir les électeurs, le bureau a finalement été délocalisé au sein de la cantine municipale en raison essentiellement de problèmes électriques à la suite du sinistre.
Un cambriolage à l’origine du sinistre
Pour autant, aucun lien direct n’est fait avec les élections provinciales. Ainsi, selon les premières investigations, les auteurs présumés des faits ont ciblé principalement le local occupé par Enercal et situé dans les locaux annexes de la mairie “dans le but premier d’y commettre un vol par effraction”. “Il a été constaté la disparition de deux coffres, contenant pour l’un une somme de 15 000 francs et pour l’autre une somme de 30 000 francs. Le premier coffre a été découvert à l’extérieur, fracturé, tandis que le second coffre a été dérobé”, précise ainsi le parquet dans un communiqué complémentaire, transmis samedi en fin d’après-midi.
Or, après le cambriolage, et probablement afin d’effacer toutes les traces de leur passage, les malfaiteurs ont incendié le local d’Enercal, ce qui a ensuite, “par ricochet”, touché la salle du conseil municipal. “Ces premiers éléments de l’enquête tendent donc à exclure l’hypothèse d’une action criminelle visant à détruire par incendie la salle du conseil municipal en cherchant à perturber les opérations électorales”, écrit le procureur, Yves Dupas.
Colère, tristesse et incompréhension
Dans les rangs de la municipalité, samedi, dominait tout de même “un profond sentiment de colère, de tristesse et d’incompréhension”. En conséquence, les services et locaux municipaux de la mairie seront fermés le lundi 29 juin. Le ramassage des ordures ménagères, le service de cantine scolaire et le ramassage scolaire ne sont pas effectués.
Cet événement intervient dans un contexte particulier alors que la commune connaît “une recrudescence préoccupante des incivilités, des dégradations, des vols, des comportements dangereux et d’un sentiment d’impunité qui ne cesse de grandir”, déplore Régis Vendegou dans son communiqué. Et de poursuivre : “Le conseil municipal ne peut se résigner à voir ces comportements devenir une banalité. Kunié est une île de respect, d’accueil et de solidarité. Elle ne peut être durablement marquée par des actes qui portent atteinte à ses habitants, à son image et à son avenir.”
La grande chefferie de Kwenyii, dans un communiqué, a apporté son soutien à la municipalité en place tout en condamnant fermement ces “graves” faits. Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a également condamné “avec la plus grande fermeté” cet acte de délinquance : “La destruction d’un édifice public, en particulier d’une mairie, porte atteinte à un service public essentiel de proximité, au bon fonctionnement des institutions locales et aux équipements collectifs au service de tous. Rien ne peut justifier des actes de dégradation contre des biens publics, qui fragilisent l’action quotidienne menée au bénéfice de la population et pénalisent avant tout les habitants”.



