Près de 42 000 tonnes de charbon sont en cours de transfert entre Koniambo Nickel SAS (KNS) et la Société Le Nickel (SLN) à Doniambo. Les chargements ont débuté ce lundi 4 mai 2026 sur le site de l’usine du Nord, à Vavouto.
C’est le directeur de la SLN qui avait laissé entrevoir ce rapprochement entre les deux métallurgistes. Le 21 avril, au centre culturel du Mont-Dore, lors de la présentation de la feuille de route 2026, Guillaume Kurek évoquait un contrat en cours de signature portant sur l’achat d’un stock de charbon inutilisé, entreposé depuis l’arrêt de l’usine du Nord en 2024. L’accord a depuis été confirmé : il porte sur quelques 42 000 tonnes. Le chargement du premier minéralier a débuté à Voh en début de semaine et devrait s’étaler sur quatre à cinq jours. Deux à trois rotations seront nécessaires pour acheminer l’ensemble du combustible jusqu’à Nouméa. Une opération « tout bénéfice » pour l’usine du Nord qui s’épargne un risque environnemental et des coûts de gestion, tout en valorisant un stock qui risquait une dégradation de ses capacités calorifiques au fil du temps.
Un test logistique
Pour la SLN, l’intérêt de l’opération est surtout de mener un « test logistique » et de démontrer qu’il est possible d’opérer des chargements de minéralier « sans gros investissement » par le quai de KNS. Car la SLN envisage en réalité dans un deuxième temps si tout se passe bien, comme l’expliquait son directeur, d’acheter à KNS 200 000 tonnes de minerai, déjà extraites du Koniambo et aujourd’hui stockées au niveau de l’usine. La SLN entrevoit-là une solution de compensation à l’absence de production minière sur ses sites de la côte Est. La société allant jusqu’à imaginer « l’étape d’après » qui pourrait être « d’enclencher une reprise de l’activité sur mine » à KNS.
Chaque chose en son temps
Une perspective que KNS juge prématurée. « On n’est pas du tout à ce stade », tranche-t-on du côté de la direction de Koniambo Nickel. Aucune instance de gouvernance n’aurait validé un tel projet. « Il n’a absolument pas été question d’une vente de minerai lors de notre dernier board », précise-t-on. Plus largement, KNS appelle à ne pas surinterpréter cette coopération, qui n’est pas la première entre les deux opérateurs. « Ce n’est pas le début d’une grande aventure », insiste la direction, qui invite à « rester sur l’actualité du moment ». Pour KNS, l’échange commercial avec la SLN s’arrête pour l’heure au charbon. Toute perspective de synergie plus poussée, qu’il s’agisse de fourniture régulière de minerai ou de redémarrage de l’activité minière sur le massif du Koniambo, dépendra de conditions encore loin d’être réunies. Parmi ces pré-requis figurent en premier lieu les questions de financement. Le redémarrage de l’activité, même partiel, supposerait des investissements lourds, que KNS affirme ne pas être en mesure d’engager à ce stade sans garanties solides. À cela s’ajoutent les autorisations administratives et la nécessité de disposer d’un plan industriel « fiable et audité ».
Quid de Lygend Resources ?
En parallèle, la recherche d’un repreneur se poursuit pour l’usine du Nord, mais les discussions demeurent confidentielles. La direction de KNS indique ne pas disposer de visibilité sur leur avancement, malgré des échanges techniques nourris ces derniers mois avec le groupe chinois qui a fait une proposition de rachat des parts de Glencore en mars dernier. Un dossier qui reste, pour l’heure, entre les mains des actionnaires.
L’activité minière pourrait-elle être relancée sans repreneur ? Pour la direction, les deux sujets sont décorrélés. En attendant de trouver chaussure à son pied, KNS n’exclut pas de relancer certaines opérations minières sur fonds propres pour regagner en attractivité. « On peut très bien lancer cette partie-là si on a le financement et les autorisations, avant même qu’un repreneur soit dans la course », avance la direction. Mais là encore, il s’agit d’une hypothèse de travail, encore largement conditionnée à des arbitrages à venir. L’usine du Nord attend pour commencer le résultat de l’étude de pré-faisabilité lancée en décembre – portant notamment sur les surfaces exploitables, les teneurs du minerai, l’état du parc d’engins ou encore les infrastructures minières – dont les conclusions seront livrées prochainement. C’est elle qui déterminera si cela vaut le coup ou pas pour Koniambo Nickel de relancer cette activité seule, en dehors de la métallurgie.
Dans ce contexte, la livraison de charbon apparaît avant tout comme une opération ponctuelle et pragmatique, sans pour autant préfigurer, à ce stade, des échanges plus approfondis entre KNS et la SLN.
Béryl Ziegler



