Cindy Véran : « C’est aux femmes de prendre leur place »

Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, le MEDEF NC a organisé, pour la quatrième année consécutive, un comité exécutif (Comex) 100 % féminin. Cindy Véran, vice-présidente du MEDEF, revient sur cette initiative et les enjeux de la représentation féminine dans le monde économique.

Vous avez organisé jeudi dernier un comité exécutif 100 % féminin. Pouvez-vous nous en expliquer le principe ?

Chaque année, pour la Journée internationale des droits des femmes, nous proposons que des femmes représentent les entreprises membres du Comex à ce Comex. Nous étions une vingtaine jeudi. L’idée, c’était de faire un point sur la journée du droit des femmes sur le thème « droit, justice, action » qui est le thème international de l’OMS.

Qu’est-il ressorti de ce COMEX 100 % féminin ?

Ce qui est plutôt positif, c’est qu’il y a une évolution générale. Majoritairement, des améliorations ont été constatées par rapport aux années précédentes. Les femmes prennent davantage leur place dans l’entreprise et dans des postes à responsabilité. Elles osent plus, elles s’assument mieux, et elles participent activement aux discussions et à la prise de décision. Ce qui est ressorti aussi, c’est que l’égalité salariale progresse, même s’il reste encore des écarts sur certains postes cadres.  Un autre enseignement, c’est qu’il reste du chemin à parcourir. La femme doit prendre de plus en plus sa place. Il faut que les femmes se positionnent et n’hésitent pas à prendre des postes à responsabilité, à créer des entreprises.

Aujourd’hui, seules quatre femmes siègent au Comex sur une quarantaine de membres. Comment expliquer un tel déséquilibre ?

L’investissement dans ces instances est chronophage et n’est pas rémunéré, ce qui explique peut-être pourquoi certaines femmes, même volontaires, hésitent à participer. Il y a aussi des effets générationnels et contextuels : certains modèles féminins inspirent, d’autres non, et la disponibilité compte beaucoup. Mais nous n’avons clairement pas identifié les raisons. Toutefois, une chose est sûre : cet investissement est essentiel pour faire évoluer la représentation féminine au sein du MEDEF et dans les entreprises.

Existe-t-il des mesures concrètes au MEDEF pour favoriser la mixité ?

Oui, au niveau du MEDEF NC, la parité est imposée au sein du bureau exécutif : président, vice-président et trésorier doivent inclure au moins un homme et une femme. Cela reflète notre volonté de valoriser les modèles féminins et d’encourager les femmes à prendre des responsabilités, non seulement dans leur entreprise mais aussi dans les instances patronales.

Y a-t-il encore des freins pour les femmes à accéder à des responsabilités dans les entreprises ou à devenir leur propre patron ? 

Je pense que l’un des principaux freins, ce sont elles-mêmes, parce qu’elles n’osent pas encore. C’est ce qui est ressorti du Comex. Les participantes l’ont dit à plusieurs reprise. Il y a d’abord l’autocensure et le syndrome de l’imposteur : certaines femmes ne se sentent pas légitimes ou hésitent à postuler. Le deuxième frein, c’est la vie familiale, qui reste toujours un questionnement fort pour l’employeur. Il peut s’interroger sur la pertinence de se lancer dans le recrutement d’une personne à un poste de cadre avec de fortes responsabilités qui peut, à un moment donné, partir en congé maternité. Alors qu’un congé maternité, ce n’est pas très long, finalement. Donc, des contraintes liées à la vie familiale et à l’organisation personnelle peuvent intervenir. Mais la situation évolue : aujourd’hui, de plus en plus, les hommes se positionnent dans les congés parentaux, l’organisation des enfants. C’est ce qui permet aussi, à un moment donné, que les femmes puissent avancer, partager des tâches, prendre des postes à responsabilité ou créer des entreprises.

Que peut-on faire pour corriger cette sous-représentation ?

C’est aussi aux femmes de prendre leur place. Moi, je suis convaincue que c’est à nous d’enlever cette culpabilité, cette espèce de syndrome de l’imposteur, et de dire pourquoi je n’y vais pas ? Les freins, on se les met aussi à nous-mêmes, donc il est important de se dire que si on a envie de créer une entreprise, de prendre un poste à responsabilité ou un poste d’encadrement, il faut oser. Mon message est donc le suivant : « Osez prendre des responsabilités, des mandats dans les instances de gouvernance, postulez, créez des entreprises. Même si le contexte est compliqué aujourd’hui effectivement, il ne faut pas lâcher, il faut continuer à s’investir dans le territoire ». Car c’est en s’investissant qu’on fait vraiment avancer les choses. Et au MEDEF, les portes sont largement ouvertes.


Bio express

Cindy Véran est vice‑présidente du MEDEF NC. Gérante de la société Medical Partner Control, qui accompagne les entreprises dans la maîtrise de l’absentéisme en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie, elle est également membre engagée de l’association Femmes Chefs d’Entreprises. Membre du MEDEF depuis 2021 et du Comex depuis 2025, elle se dit très impliquée dans le tissu économique local. « J’échange beaucoup avec les entreprises au quotidien et ma volonté d’agir à leurs côtés est forte », confie-t-elle.


Propos recueillis par Béryl Ziegler

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