C’est la rentrée pour Caledoclean

Quarante bénévoles ont retroussé leurs manches samedi matin à Ouémo pour nettoyer la mangrove de l’îlot Song, première action de l’année d’une association qui n’a rien perdu de son énergie.

Le soleil fait sa réapparition après une semaine de pluies intenses sur Nouméa. Sur le bord de route de Ouémo, des silhouettes équipées de chapeaux ou casquettes s’enfoncent dans les broussailles et la mangrove, sacs poubelles et gants aux mains. L’ambiance est détendue, presque festive, mais le travail est sérieux. En quelques heures seulement, les bénévoles de Caledoclean ont extrait de la végétation une tonne de déchets : canettes, plastiques à usage unique, bâches, ferraille, couches, débris de toiles de tente. Sept ans que ce site n’avait pas été nettoyé. Ça se voit. Thibaut Bizien, cofondateur et chargé de mission de l’association, circule entre les groupes, coordonne, encourage. Pour lui, c’est la rentrée. « C’est la première action de l’année, c’est la rentrée pour nous. Et ensuite, on devrait continuer sur des plantations parce que la saison des pluies est revenue », explique-t-il. Au programme cette année : 30 000 arbres à planter d’ici fin juin, et un retour à un rythme soutenu de nettoyages après une année 2025 en demi-teinte. L’association, fragilisée par le contexte des événements de 2024, n’avait pu organiser qu’une dizaine d’opérations l’an passé, contre une trentaine en temps normal. « On espère bien pouvoir reprendre les nettoyages de manière plus régulière cette année comme on le faisait autrefois, parce que c’est une mission qui nous tient à cœur vu que c’est pour ça qu’on a créé notre asso », affirme-t-il.

Une mangrove comme révélateur

Parmi les bénévoles du jour, des habitués et des nouveaux venus. Philippe, qui approche de la retraite, participe pour la première fois. Il avait suivi la page Facebook de l’association depuis un moment sans franchir le pas. Ce matin, il a sauté le pas. « Je me dis que la Calédonie m’a beaucoup donné, donc il faut que je rende un petit peu maintenant », confie-t-il, les bras chargés d’un sac bien rempli. Ce qu’il a trouvé dans la mangrove l’a frappé. « Il y a énormément de déchets. Des canettes, du verre, mais aussi des toiles de tente, des bâches, de la ferraille, des couches. Les gens sont vraiment dégueulasses », lâche-t-il. Tania, 56 ans, est venue pour la première fois elle aussi, accompagnée d’un membre de sa famille. Pour elle, l’enjeu dépasse le simple coup de propre. « Il me semble important de se mobiliser pour ramasser les déchets, d’une part sensibiliser à la transition écologique, et puis dans la bonne humeur », dit-elle en souriant, visiblement conquise par l’expérience. Chloé, 31 ans, agricultrice et animatrice d’association, est une fidèle de longue date. Elle habite désormais à La Foa, mais elle a fait le déplacement. « L’action de Caledoclean, je trouve que c’est un peu une base de ne pas laisser ses déchets dans la nature, donc faut les enlever. Et si ça peut sensibiliser les gens autour, c’est top », résume-t-elle, occupée à trier la ferraille collectée par les autres bénévoles.

La triste récolte du jour.

1000 tonnes de déchets en treize ans

En treize ans d’existence, Caledoclean a ramassé l’équivalent d’un million de kilos de déchets sur les plages, dans les mangroves, les îlots, les quartiers et les tribus de Nouvelle-Calédonie. Un bilan colossal qui dit autant sur l’engagement des bénévoles que sur la persistance du problème. Pour Thibaut Bizien, les causes sont connues : jets de déchets depuis les véhicules, restes de pique-niques abandonnés, dépôts sauvages en lieu et place d’un passage en déchetterie. « On n’a pas trouvé des excuses pour polluer », tranche-t-il. Les infrastructures existent, la sensibilisation est menée depuis quarante ans dans les écoles et les institutions. Ce qui manque, selon lui, c’est la répression. Une amende de 3 000 francs est théoriquement applicable, mais elle n’est « quasiment jamais donnée ». L’association milite depuis sa création pour que cette sanction devienne une réalité sur le terrain, à l’image de ce que pratiquent certains pays voisins. En attendant, les bénévoles continuent de faire le travail. Quarante samedi matin à Ouémo. Parfois quinze, parfois cent, et jusqu’à trois cents lors de grandes mobilisations. Chaque week-end, une nouvelle action est programmée. Pour rejoindre le mouvement, il suffit de suivre la page Facebook Caledoclean ou de s’inscrire sur le site caledoclean.nc.

Légende : Des déchets de toute sorte sont trouvés, ici une piscine gonflable.

Claire Rio-Pennuen

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