Alors que l’État s’apprête à devenir le premier actionnaire d’Eramet et que le groupe indien JSL a toujours des vues sur la SLN, deux syndicats réclament de la visibilité sur l’avenir de la société et de ses quelque 1 800 salariés.
Quel sort sera réservé aux salariés de la SLN ? « Nous sommes laissés pour compte ». « Nous n’avons aucune visibilité sur ce qui va advenir ». Hier à Doniambo, le Syndicat des travailleurs de l’industrie de Nouvelle-Calédonie (SGTINC), affilié à l’UT CFE-CGC, a donné l’alerte lors d’une conférence de presse, aux côtés du Syndicat des ingénieurs et cadres (SICINC). Les deux organisations s’inquiètent des conséquences, pour la Vieille Dame et ses salariés, de la recomposition de l’actionnariat d’Eramet, sa maison-mère, et de l’absence d’information sur les scénarios de reprise de la SLN. Il faut dire qu’il y a beaucoup de flou.
Un actionnariat en pleine recomposition
L’État doit en effet devenir le premier actionnaire d’Eramet d’ici la fin du mois en reprenant les parts de la famille Duval, pour atteindre 49 % du capital d’Eramet. Dans le même temps, le groupe indien JSL est de retour sur le territoire pour la troisième fois et a toujours des vues sur la SLN. Plusieurs hypothèses ont été mises sur la table, jusqu’à la construction d’un four à Thiébaghi. Or, les salariés n’y sont pas associés. L’incertitude plane également sur le périmètre de l’opération. Nul ne sait combien de parts le groupe indien pourrait potentiellement reprendre dans le capital de la SLN, aujourd’hui détenue à 66 % par Eramet et à 34 % par la STCPI. Ni même si ce projet de rachat aura le feu vert.
La SLN sera-t-elle seulement maintenue, alors qu’elle perd de l’argent depuis plus de dix ? Le SGTINC, premier syndicat de la SLN, interpelle à ce titre l’État. « En tant que futur actionnaire majoritaire d’Eramet, que compte-t-il faire de la SLN ? », lance Glen Delathière, secrétaire général adjoint du SGTINC. Il dénonce par ailleurs des signaux contradictoires entre le discours européen sur l’approvisionnement stratégique et les négociations avec le groupe indien. « Parce que pour nous, c’est un non-sens ». Et demande une ligne claire : « Que les politiques prennent des décisions, que l’État prenne des décisions, mais qu’on sache où on va. » Les inquiétudes sont diverses : « Est-ce que les emplois vont rester ? Est-ce qu’il y aura des diminutions d’emplois ? » Une chose est sûre, « on ne veut pas être la variable d’ajustement et subir un couperet demain », martèle Glen Delathière.
Des salariés tenus à l’écart
Pour Anne-Marie Harbulot-Blandel, secrétaire générale du SICINC, les salariés sont les grands oubliés. Elle comprend que les discussions soient confidentielles, mais estime que « les partenaires sociaux, qui représentent l’ensemble des salariés de la SLN, sont absolument tenus à l’écart de toutes les informations ». La SLN compte aujourd’hui environ 1 800 salariés, répartis entre Doniambo et les sites miniers encore en activité (Kouaoua, Thiébaghi et Népoui), contre 2 300 il y a quelques années. « On n’acceptera pas que les salariés de la SLN soient la variable d’ajustement dans un projet de reprise, quel qu’il soit », a-t-elle martelé. Les deux syndicats se disent par ailleurs prêts à travailler avec les autres acteurs de la filière, notamment KNS et Prony Resources pour mutualiser les moyens et retrouver la rentabilité. Ils disent comprendre la nécessité de redimensionner la filière nickel, mais posent leurs conditions. Si une fermeture de Doniambo devait être décidée, elle « doit obligatoirement être préparée, phasée et construite avec les partenaires », et devra respecter le droit du travail. Faute d’être entendus, ils promettent de se mobiliser. « On se fera entendre d’une manière ou d’une autre à un moment donné », ont prévenu les syndicalistes, qui assurent que « la famille SLN » peut réagir « très vite et très fort », « dans le respect du droit ».
B.Z

