Cartes Pokémon : quand la passion devient un marché à part entière

Longtemps cantonnées aux cours de récréation, certaines cartes Pokémon s’échangent aujourd’hui pour plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d’euros. Dans son premier ouvrage, le Calédonien Léo Cherr décrypte les mécanismes économiques d’un marché où rareté, gradation, coûts et risques pèsent autant que passion.

À première vue, difficile d’imaginer qu’un simple morceau de carton imprimé puisse devenir un actif de plusieurs milliers d’euros. Pourtant, autour des cartes Pokémon s’est constitué tout un écosystème : sociétés de gradation, plateformes internationales, maisons de ventes aux enchères, marchands, intermédiaires ou encore services de conservation sécurisée.

C’est précisément ce marché que Léo Cherr, aujourd’hui installé à Tarbes dans le Sud-Ouest de la France, a choisi de décortiquer dans «  De la cour d’école au coffre-fort  ». Une passion née très tôt. « Depuis mon plus jeune âge, j’ai collectionné les cartes Pokémon, joué, échangé, puis progressivement acheté et revendu », raconte-t-il. Au fil du temps, son intérêt s’est déplacé vers « leur rareté, leur valeur et les mécanismes économiques qui régissent ce marché ». Chaque transaction, mais aussi chaque erreur, lui a permis d’accumuler des connaissances progressivement consignées dans des notes et des fiches de procédure, jusqu’à faire naître l’idée d’un livre.

La valeur ne dépend pas seulement de la rareté

Dans ce marché, deux cartes apparemment similaires peuvent afficher des valeurs très différentes. Participent à la formation du prix  : l’édition, l’état, la rareté, la désirabilité ou encore la gradation. Cette dernière consiste à faire authentifier et évaluer l’état d’une carte par une société spécialisée, par exemple, PSA ou Beckett. Une même carte, selon sa note, peut ainsi voir son évaluation de marché évoluer. Léo Cherr a construit cette expertise « transaction après transaction ». « Le business a créé l’expertise, et non l’inverse », résume-t-il.

Lorsque les montants augmentent, l’analyse ne porte plus uniquement sur la carte : d’autres facteurs deviennent déterminants. « Plus la valeur de la carte augmente, moins l’analyse de la carte suffit. Il faut aussi analyser la transaction », précise-t-il. «  Plusieurs milliers d’euros peuvent changer de mains en quelques minutes autour d’une simple table  », indique l’auteur qui fait référence, à titre d’exemple, à une acquisition de 6 000 euros conclue après examen de la carte et négociation, puis réglée par virement instantané. À ce niveau de prix, Léo Cherr souligne l’importance des justificatifs, de l’identité du vendeur et de la traçabilité. Pour certaines acquisitions, il doit ainsi se déplacer, y compris à l’étranger comme au Portugal ou en Italie, afin d’examiner physiquement les cartes avant de conclure.

L’éloignement, un coût supplémentaire

Depuis la Nouvelle-Calédonie, ces opérations sont encore plus complexes. « L’éloignement géographique constitue une difficulté réelle », explique Léo Cherr. «  L’accès à certaines cartes ou éditions peut être plus compliqué, tandis que les frais de transport, les délais d’acheminement et les formalités douanières alourdissent parfois considérablement le coût d’un achat ou d’une revente  ».

La gradation suppose également d’envoyer les cartes à l’étranger, avec un coût et un risque supplémentaires. Pour les pièces de grande valeur, l’assurance du transport est, de plus, essentielle. À cela s’ajoutent, lors d’une vente sur une plateforme internationale, les commissions, frais de paiement, transport et éventuelles taxes. « Une transaction qui paraît avantageuse au départ peut finalement se révéler beaucoup moins intéressante une fois l’ensemble des coûts pris en compte », prévient-il. L’ouvrage entend justement replacer ces coûts et ces risques au centre de l’analyse. Il ne promet pas de « s’enrichir avec Pokémon », mais cherche à donner des clés de compréhension d’un marché où passion et argent peuvent parfois brouiller l’appréciation du risque. Liquidité, contrefaçons, erreurs d’évaluation, fiscalité ou conservation font ainsi partie des sujets abordés.

Un projet aussi calédonien et familial

L’ouvrage conserve cependant un ancrage local. Plumes & Conseils, installé à Nouméa, en assure l’édition et prépare une diffusion physique en librairie, notamment en Nouvelle-Calédonie. Le projet est aussi familial : le père de Léo Cherr, installé sur le territoire et expérimenté en comptabilité, gestion et analyse financière, a apporté son regard sur les coûts, la fiscalité et les risques. « Nos compétences sont complémentaires : j’apporte ma connaissance du marché des cartes de collection et mon expérience de terrain ; il apporte son regard sur les mécanismes financiers », explique l’auteur. Une manière de traiter Pokémon non pas comme un phénomène culturel, mais comme un moyen de «  comprendre les mécanismes de la valeur avant d’envisager un achat ou un investissement », conclut l’éditeur de l’ouvrage, Plumes & Conseils.

I.L.R.


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