Fin mars, pour échapper au bracelet électronique qui devait lui être posé, le petit chef de la tribu de Saint-Michel, à Thio, avait sommé la SLN de faire pression sur le juge de l’application des peines, avant de cadenasser, début avril, l’accès au site minier du Plateau. « Si on me pose le bracelet, je bloque tout », avait-il prévenu. Poursuivi pour tentative d’extorsion et entrave concertée à l’exercice de la liberté du travail, il a été relaxé par le tribunal correctionnel de Nouméa.
L’ultimatum ne laissait guère de place à la négociation. « Tant que le juge n’aura pas tranché mon cas, la mine restera fermée. Si on me pose le bracelet, je bloque tout. Si on ne me le met pas, les discussions reprennent. » Mathieu M’Bouéri, petit chef de la tribu de Saint-Michel, à Thio, a au moins eu le mérite de jouer la carte de la transparence auprès de la SLN. Le 31 mars dernier, le responsable coutumier de 59 ans demande à voir les représentants du site minier du Plateau pour les informer qu’il s’apprête « à poser un cadenas » sur le portail du chemin de roulage de 13 km qui relie la montagne au stock du bord de mer.
Niché à 600 mètres d’altitude, le site du Plateau de Thio, plus ancienne mine de garniérite à ciel ouvert au monde, surplombe sa tribu. Pour y monter, les gigantesques camions jaunes doivent passer par une route qui appartenait au père de Mathieu M’Bouéri et dont il a hérité en décembre 2024. La menace du petit chef n’a rien d’un conflit environnemental ou social avec la SLN. Non, le quinquagénaire donne trois jours à l’industriel pour faire pression sur le juge de l’application des peines, qui s’apprête à le placer sous bracelet électronique. Le coutumier est clair avec l’un des responsables de la mine : si la SLN ne parvient pas à faire céder le magistrat, il ordonnera le retrait immédiat du personnel, le départ des camions et la fermeture de la mine jusqu’à nouvel ordre.
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Jean-Alexis Gallien-Lamarche

