Invité de l’émission « Transparence » sur RRB, le député Emmanuel Tjibaou s’est qualifié à plusieurs reprises de « pragmatique ». Dans l’usage populaire, le pragmatisme, c’est ce qui est pratique, qui sert à quelque chose, qui est utile. Mais en réalité, c’est une doctrine, un courant de pensée, une philosophie même dont les bases ont été pensées par l’américain Charles Sanders Pierce. Et d’une manière générale, le pragmatisme, c’est reconnaître et accepter que « n’est vrai, que ce qui fonctionne en réalité ». Se définissant comme une philosophie d’action, le pragmatisme accepte donc le fait que tout est bon pour qu’un système fonctionne, ce qui relativise la notion de vérité. C’est très précisément pour cette raison, et au nom du pragmatisme, que l’UC soutient Mélenchon, le candidat d’un mouvement (La France insoumise) qui défend des positions contraires à ce que préconise ou réclame l’Union calédonienne en termes de droit de vote, de nationalisme ou d’ethnicisation, mais qui une fois au pouvoir « organisera l’accession à l’indépendance de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie au 1er janvier 2028 ». Et c’est au nom de ce même pragmatisme politique que Jean-Luc Mélenchon fait sonner cors et buccins pour annoncer ce soutien urbi et orbi. Dans un cas comme dans l’autre, sans aller jusqu’à penser qu’il y a travestissement de la réalité, c’est néanmoins trouver, sinon fonder des arrangements avec la vérité politique. Or, souvenons-nous que, quoi que nous pensions et voulions, « il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités ! »*, c’est là la limite au pragmatisme politique.
Lucien Lacombe
* Citation tirée d’un allocution radiotélévisée prononcée par le général de Gaulle le 14 juin 1960

