Réuni hier en séance collégiale, le 19e gouvernement a adopté à l’unanimité les portefeuilles qui reviennent à ses onze membres. Le président a affirmé que seules seront exercées les compétences qui relèvent de la Nouvelle-Calédonie.
Quatre jours. C’est le temps qu’il aura fallu pour acter la répartition des portefeuilles. Un travail qui s’est vraisemblablement déroulé sans encombres. « Le 19e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie s’est installé vendredi 31 juillet dernier, avec le vote d’un président et d’un vice-président », a rappelé le président Milakulo Tukumuli lors d’un premier point presse. Nous avons déjeuné ensemble le vendredi (avec l’ensemble des membres du 19e gouvernement, ndlr) et commencé à discuter de la répartition des secteurs. Ce travail a continué lundi 3 août, tout l’après-midi. » Résultat de ces échanges : « Nous avons atterri sur une répartition des secteurs qui a été adoptée à l’unanimité des membres du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. »
Chacun s’occupe de ses brebis
Avant de détailler les secteurs, Milakulo Tukumuli a tenu à expliquer la méthode et l’état d’esprit qui ont animé leur construction. Premier principe : ne pas empiéter sur les compétences des autres collectivités. « Le gouvernement a décidé d’exercer uniquement les compétences qui, dans le cadre de la loi organique, relèvent de la Nouvelle-Calédonie. Donc les compétences qui sont aux provinces ou aux communes ne sont pas affichées dans les portefeuilles du 19e gouvernement. » Une clarification qui, selon lui, pourrait aussi générer des économies, « si chacun s’occupait de ses brebis ». Deuxième pilier : éviter qu’une même direction administrative ne dépende de plusieurs membres du gouvernement. « On a essayé de construire des portefeuilles pour éviter le chevauchement des directions entre plusieurs membres du gouvernement, de sorte à ce qu’on ait un seul membre du gouvernement qui serait chargé d’animer un secteur, mais aussi une direction. » Troisième pilier, enfin : regrouper les secteurs par famille de compétences plutôt que « d’avoir à morceler des secteurs. » De cette méthode sont nés onze portefeuilles répartis entre les onze membres du gouvernement, mêlant des secteurs jugés « régaliens » – attribués à la majorité des six membres du gouvernement issus du contrat de gouvernance – et d’autres à l’opposition des cinq membres indépendantistes. « Tout ça étant entendu que c’est un gouvernement collégial et solidaire », a insisté le président. Interrogé sur l’absence apparente de certains secteurs, comme la condition féminine, Milakulo Tukumuli a assuré qu’ils restaient couverts sans toutefois figurer dans des libellés : « On a évité de faire des portefeuilles à rallonge. » C’est le cas pour l’agriculture qui fait partie de la souveraineté alimentaire. Même logique pour le handicap, intégré au secteur de la protection sociale.
Une installation en cours
Concernant l’organisation des prochains jours, le 19e gouvernement a discuté hier de la répartition des établissements publics. Les nominations devraient rapidement intervenir. Le président a par ailleurs annoncé qu’une date pour sa déclaration de politique générale serait prochainement communiquée. Les membres du gouvernement auront quasiment tous leurs bureaux à l’antenne des Lys rouges. Ils doivent encore « prendre leurs marques » et s’y installer. Ensuite, dès aujourd’hui, selon le président, « ils se mettront au travail, pour rencontrer leurs directions, leurs interlocuteurs, et prendre la pleine mesure des secteurs qui sont les leurs. Ils devront également composer leur cabinet, une tâche qui prend aussi du temps. » À ce titre, le président a rappelé que « huit membres sur onze sont nouveaux. Moi y compris. » Un contexte qui appelle, selon lui, « un temps incompréhensible pour l’adaptation ». Il a néanmoins conclu sur une note volontariste, en assurant « la volonté unanime des membres du gouvernement de mettre tout en œuvre pour relever le pays ». « L’esprit est bon. Au travail », a-t-il conclu.
Béryl Ziegler
Magenta, premier dossier sur la table
Aujourd’hui, le président du gouvernement, par ailleurs en charge des transports, a prévu de se rendre à Lifou pour évoquer le blocage des aérodromes. Il rencontrera notamment le nouveau président de la province des Îles, Mickaël Forrest, et les maires, avant d’aborder le fond du dossier : « Le sujet principal, c’est de remettre tout le monde autour de la table et de voir s’il y a une voie de passage, un chemin, pour permettre le rétablissement des aérodromes sur Ouvéa et Nengoné », a-t-il expliqué. « C’est cette porte de sortie que je vais essayer de construire, avec le dialogue toujours ». Milakulo Tukumuli n’a pas caché la difficulté du dossier, ni prétendu détenir une solution toute faite : « Je n’ai pas de boule de cristal. » Reconnaissant que « les conséquences du déplacement de Magenta sont totalement désastreuses depuis cinq mois maintenant », il a toutefois appelé à ne pas figer l’échange sur la seule question du retour d’Air Calédonie à Magenta. « Je crois que la discussion va au-delà et qu’il faut dézoomer le sujet et parler plutôt du schéma de mobilité. » Avant d’afficher sa méthode : « Je ne réouvrirai pas les dialogues sous la contrainte. » Et d’ajouter : « Je ne négocie pas sous la contrainte. »
Une situation financière critique
Sur le plan budgétaire, le président du gouvernement n’a pas caché l’urgence. « On est en cessation de paiement », a-t-il déclaré. « Il nous faut près de 13 milliards qu’on n’a pas. Si on ne les a pas à la fin de ce mois, c’est « shutdown ». Autrement dit rideau noir. Une rencontre s’est tenue mardi entre le gouvernement et l’État sur ce dossier, dont Milakulo Tukumuli n’a pas souhaité dévoiler le contenu avant d’en informer d’abord les membres de son gouvernement.



