Le parquet a cloué au pilori deux fonctionnaires de la police nationale qui étaient poursuivis pour avoir frappé un mineur menotté lors de son interpellation, en novembre dernier, puis pour avoir établi un faux procès-verbal destiné à « couvrir » ces violences policières. La procureure a requis une peine de prison ferme ainsi qu’une interdiction définitive d’exercer. Le tribunal rendra prochainement sa décision.
Isabelle Fuhrer n’est pas du genre à s’énerver. Ancienne bâtonnière des avocats de Beauvais et magistrate depuis plus de quinze ans, elle n’a pourtant pas réussi à garder son calme face aux dénégations répétées et aux mensonges incessants, toujours plus gros les uns que les autres, de deux fonctionnaires de la direction territoriale de la police nationale (DTPN). « Dites la vérité, nom d’un chien !, a-t-elle rugi après plus de cinq heures d’audience. À force de naviguer et de louvoyer dans tous les sens, cela en devient insupportable. Votre attitude aujourd’hui est détestable. »
À la barre du tribunal correctionnel de Nouméa, mardi, deux hommes à l’allure impeccable, âgés de 43 et 50 ans. Jacques et Stéphane (leurs prénoms ont été modifiés) sont policiers depuis vingt-trois ans. Des copains de promo. Dans leurs messages privés, ils s’appellent « frangin ». Des fonctionnaires affectés à la brigade de nuit, dont la réputation était jusqu’alors irréprochable. Leurs états de service sont excellents. Leurs collègues les décrivent comme « loyaux », « volontaires », « respectueux envers la hiérarchie » et « réactifs ». Jacques, le plus gradé, a même été distingué de la médaille d’honneur de la police nationale. La semaine dernière, ils n’ont toutefois pas été conviés place Bir-Hakeim pour recevoir la médaille de la sécurité intérieure, parmi les 153 récipiendaires récompensés pour leur engagement lors des émeutes de mai 2024. Un crève-cœur pour ces deux policiers.
Depuis le 19 février dernier, Jacques et Stéphane ont interdiction de revêtir l’uniforme. Une décision rare, prise par le juge des libertés et de la détention, motivée par les accusations de « faux en écriture publique » et de « violences par une personne dépositaire de l’autorité publique », qui pèsent sur eux et les exposent à de longues années de prison.
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Jean-Alexis Gallien-Lamarche



