« Une opportunité historique de décrocher la majorité absolue »

La présidente de la province Sud et tête de liste « Les Loyalistes et le Rassemblement, forts et unis », s’inscrit dans la continuité de son action à la tête de la collectivité et appelle à l’union. Une union qui, pour elle, construit, protège et redonne de la visibilité et de la liberté d’action, à Nouméa et jusqu’à Paris. Pour Sonia Backes, qui affirme défendre ses idées et un modèle de société, cette élection représente un moment charnière.

Dans quel état d’esprit abordez-vous ces élections provinciales dans un contexte aussi particulier ?

Je l’aborde comme un enjeu majeur, presque aussi important que les trois derniers référendums. Le résultat de cette élection ne concerne en effet pas seulement les trois provinces, mais aussi le Congrès, le gouvernement et donc toutes les politiques publiques à venir. Elle va déterminer le regard que Paris va poser sur les équilibres politiques en Nouvelle-Calédonie. Et c’est ce regard qui va donner la direction que le prochain président de la République et la prochaine majorité choisiront de prendre. C’est fondamental, puisqu’ils se prononceront en fonction de ceux qui pèsent politiquement ici. Je le répète, c’est pour moi une élection majeure, donc l’état d’esprit dans lequel je me trouve… je dirais que je suis concentrée pour faire en sorte que les résultats viennent renforcer le camp de ceux qui souhaitent le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, mais aussi les valeurs démocratiques, celles du mérite, la sécurité pour tous, bref, tout ce que nous défendons. Je suis extrêmement attentive à ne pas voir la province Sud tomber, avec des listes du centre qui affirment qu’elles formeront des alliances contre nous. Il nous faut la majorité absolue : il y a eu en 2019, je le rappelle, un risque de basculement avec une tentative de Philippe Gomès, Roch Wamytan et Milakulo Tukumuli de prendre le pouvoir. C’est Nicolas Metzdorf qui à l’époque avait fait échouer cette manoeuvre, mais si l’opportunité se présentait à nouveau, nul doute qu’ils renouvelleraient leur initiative. Au-delà de la province Sud, nous avons, et c’est la première fois depuis 27 ans, une seule liste non-indépendantiste dans le Nord, et une liste autonomiste dans les Iles. Nous avons donc la possibilité, de manière exceptionnelle, d’améliorer notre score au Congrès et d’augmenter le nombre de nos élus jusqu’à devenir le plus grand groupe de l’assemblée délibérante. Chaque voix va compter pour cela et il ne faut pas enperdre une  seule dans cette élection à un seul tour, si on veut espérer pouvoir conduire une politique respectueuse de ceux qui travaillent, ou qui ont travaillé toute leur vie et méritent une retraite. C’est donc un moment charnière : au pire, il faut rester vigilant pour ne pas perdre la province ; et dans le meilleur des cas, on peut décrocher une majorité au Congrès et donc au gouvernement.

Quelle est votre analyse de la Nouvelle-Calédonie aujourd’hui, au terme d’une mandature de 7 ans marquée par des crises successives dont celle majeure voire historique des émeutes ?

En termes économiques, politiques, sociétaux ? La situation de l’économie est compliquée ; l’Etat nous aide mais cela ne se ressent pas encore. J’avais indiqué dès le départ à Paris qu’il nous fallait une aide financière massive, tout de suite, afin d’éviter un effondrement mais Bercy raisonne sur le long terme. Malgré tout, beaucoup d’argent a été versé et tous les appels d’offres ont été lancés, donc la relance par l’investissement va maintenant fonctionner – on commence doucement à le voir. Toujours sur le plan économique, il faut relancer la consommation en redonnant du pouvoir d’achat aux salariés au travers d’une baisse des charges, et en attirant du monde. Il n’y a pas d’autre solution : nous n’avons plus assez de consommateurs sur le territoire. La Nouvelle-Calédonie reste encore très affectée sur le plan sociétal par les émeutes de 2024, parce que la confiance entre nous a été altérée. Il ne faut pas se leurrer, nous n’allons pas nous regarder comme des Bisounours avant un moment encore. Pour résoudre cette crise on a besoin de retrouver de la confiance, et on a longtemps cru que cela passait exclusivement par un accord. On l’a même constaté dansles dix  jours qui ont suivi l’accord de Bougival, avant que le FLNKS ne retire sa signature, au travers d’un frémissement dans l’immobilier et l’achat de véhicules. Il y a cette solution mais pour l’instant ce n’est pas gagné. Nous allons nous mettre autour de la table comme le souhaite le Premier ministre, après ces provinciales, mais je ne suis pas certaine que l’on trouve un accord après le rejet de Bougival en repartant d’une page blanche. Franchement, je ne vois pas comment on pourrait s’en sortir avant les élections présidentielles et législatives de 2027. Mais je pense que la confiance peut aussi passer par une victoire aux provinciales avec à la clé une majorité à la fois à la province Sud, au Congrès et au gouvernement. On resterait alors un temps dans l’Accord de Nouméa, qui est pour nous très insatisfaisant il faut le dire, avec un corps électoral gelé et une clé de répartition inchangée. Toutefois, l’élément majeur induit par ce statu quo c’est qu’il n’y a aucun processus initié pour sortir de la République française. Et si on est majoritaire au terme de ces élections, on pourra dérouler la politique que l’on souhaite et donc instaurer cette confiance nécessaire à la reconstruction, en attendant un nouvel accord.

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Des propos recueillis par Isabelle Peltier

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