« Pourquoi faut-il absolument rentrer dans une case ? »

Après avoir quitté Calédonie ensemble dont il fut l’une des figures de proue, Philippe Dunoyer a lancé le mouvement « Nous ». Un pari audacieux qu’il met à l’épreuve des élections provinciales. Mais l’ambition est-elle de faire entendre une autre voix ou une autre voie ?

Vous avez quitté récemment Calédonie ensemble pour vous lancer aussitôt dans l’aventure des élections provinciales. Quel est le projet ?

Mon analyse et mon objectif qui se retrouvent dans la liste, dans ce programme, c’est de sortir le plus possible des carcans partisans et de permettre à des personnes de se retrouver dans un mouvement plus large.

Le mouvement, donc, c’est « Nous », parce que je trouve que la crise économique et sociale est d’une gravité terrible, qu’elle s’aggrave tous les jours, et que je suis persuadé qu’on n’en prend pas la mesure collectivement. C’est un peu comme face à la Covid, c’est une situation de crise, pour le coup elle n’est pas sanitaire, mais économique et sociale. Pourtant, elle a le même effet d’emportement, la même vitesse, la même puissance de déflagration. Et on ne prend pas les mêmes mesures d’urgence que celles qu’on a prises lorsqu’on était face à la crise de la Covid. Donc l’idée, c’est de proposer un mouvement, un parti, Nous, qui permet de réunir ceux qui ont envie de se retrouver au-delà des clivages traditionnels des deux blocs. Mais pour créer ce mouvement, je ne peux pas le faire en ayant l’étiquette d’un mouvement, d’un autre parti, parce que là, pour le coup, il y a redondance, ce n’est pas possible. Par ailleurs, j’avais aussi des désaccords avec Philippe Gomès, dont certains se sont vus au moment de la signature des accords Élysée-Oudinot.La  logique, elle est là et en fait, le projet dans la campagne, c’en est une déclinaison, c’est même une traduction de ça. C’est une liste qui a d’abord cherché à attraper un retard, à réunir des mouvements et des personnalités qui font le même constat et le même pas de côté. C’est le cas, par exemple, de Nadine Pidjot ou de Gérard Piolet, des gens qui viennent d’horizons politiques différents, mais qui font le même mouvement, parce que d’une part leurs partis ne prennent pas la mesure de la crise, interdisent ou empêchent par des déclarations toujours plus raides qu’on se retrouve, et d’autre part parce qu’ils font du quotidien et de l’urgence économique et sociale la priorité absolue.

Vous voulez donc être hors des clivages. Ni indépendantiste, ni pour le maintien dans la France et encore moins « centriste ». Alors où êtes-vous ?

La question, c’est pourquoi faut-il absolument rentrer dans une case ? La vision, en réalité, sans forcément remonter à 1988, mais c’est le cas de l’accord de 88, de 98 et c’est même le cas de l’accord de Bougival de l’année dernière, je prétends qu’ils n’ont pas de couleur indépendantiste ou non-indépendantiste. Ils ne sont pas floqués ou marqués d’un sceau centre, droite ou gauche. Ce sont des accords qui nécessitent justement une conjonction de volonté et qu’il est impossible de placer comme étant des accords indépendantistes ou non-indépendantistes. Sinon, ils n’auraient pas été signés par des gens de sensibilité différente. La difficulté qu’on a, et c’est toujours la même, c’est qu’il faut absolument se définir par rapport à cette division. C’est la pratique depuis tellement longtemps. Aussi, un des objectifs de cette campagne, c’est d’essayer d’en sortir, d’expliquer aux Calédoniens qu’on peut en sortir, qu’ils ne se réduisent pas à une conviction qui peut être forte, très forte, ou qu’ils peuvent ne pas avoir forcément chevillée au corps. Cette définition par un seul sujet, en fait, elle rejaillit sur l’ensemble des autres actions qu’on ne peut pas faire, qu’on ne peut pas prendre. Si on va travailler pour le développement sur terres coutumières, il va y avoir une réaction de replis ou de peur de la part des non-indépendantistes, et ça peut être la même chose du côté indépendantiste, parce que les discours radicaux existent des deux côtés. Nous, on ne revendique pas de classement, on revendique une volonté, une volonté commune, qui s’est traduite d’ailleurs dans Bougival. Mais est-ce que Bougival est un projet indépendantiste ou non-indépendantiste ? Est-ce que l’objectif institutionnel a une couleur politique ? Il n’en a pas. Il est le fruit d’un travail, d’une négociation et d’un équilibre. Est-ce que la crise a une couleur ? Non plus. Ce postulat par lequel, pour savoir si on va voter pour toi, il faut d’abord se définir par rapport à des mesures économiques et sociales ou pour toi par rapport à un avenir institutionnel, c’est un biais dans lequel on refuse d’entrer.

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Propos recueillis par Nicolas Vignoles

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