Retraité, ancien chef d’entreprise, Arnold Lèques conduit en province Sud, la liste Pour une Calédonie Française, issu du parti Volonté calédonienne créé récemment.
Qu’est-ce qui conduit des gens que l’on qualifie comme issus de la société civile, à se lancer en politique, qui plus est pour des élections provinciales ?
Ce sont mes petites filles. L’année dernière, elles étaient en Australie pour un certificat d’anglais. Il y a un moment où elles m’ont dit « tu sais, nous, après nos études, je ne pense pas qu’on reviendra en Calédonie parce qu’on n’a pas d’avenir ». Ça a été un déclic pour moi. Et puis après, en discutant avec ceux qui sont dans la liste avec moi, on a décidé qu’on ne pouvait pas rester comme ça, qu’il fallait y aller. Tout simplement. Et on n’a pas d’ambition de faire une carrière politique. On réagit à l’instant T pour essayer un peu de déblayer le terrain.
Dès lors, quel est l’essentiel de votre message ?
Aujourd’hui, quand vous regardez la composition de toutes les autres listes, à part peut-être le Rassemblement National, nous sommes les seuls qui défendons la Calédonie française. Les autres, ils sont tous pour une souveraineté partagée, une souveraineté à venir, une indépendance-association et on sait où ça mène l’indépendance-association, c’est la dernière marche avant l’indépendance totale.
C’est ça le point essentiel ?
Bien sûr. Maintenant, le gouvernement français, il faut qu’il fasse un effort vis-à-vis des Calédoniens, parce qu’à présent, ils nous ont traités un peu comme des moins que rien. Il faut le reconnaître, les faits sont là.
D’un point de vue économique, parce que c’est aussi ça une des grandes difficultés du moment, quelle est votre vision ?
Déjà, le constat, c’est que notre économie repose sur un tas de ruines aujourd’hui. Nous, notre principale économie, c’est le nickel. On a beau dire ce qu’on veut, les fluctuations du cours du nickel, c’est vrai, mais tant qu’on va se contenter d’exporter que des minerais, on restera toujours la main tendue comme des mendiants. Aujourd’hui, il y a une usine qui est en train de se construire à Bordeaux. Cette usine, elle aurait dû être construite en Calédonie, parce que c’est là que se font les profits. C’est pas sur les sociétés, la SLN ou les deux autres. Donc on demandera que cette usine soit rapatriée en Calédonie, ou qu’ils s’en fasse une en Calédonie.
Avez-vous essayé de former des alliances ou des rencontres avec d’autres listes ? Si oui, pourquoi ça n’a pas fonctionné ?
Ça n’a pas fonctionné parce qu’à un moment, on a surtout discuté avec le RN. On a discuté pendant presque 3 semaines, on a même réussi à faire un projet commun. Mais au dernier moment, vu la personnalité de Monsieur Decombels, ce n’était pas possible.
Prenez-vous un risque ?
Ce n’est pas un risque parce qu’aujourd’hui, quand on regarde les résultats des dernières élections municipales en province Sud, il y a eu 66 000 personnes qui n’ont pas voté. Nous, notre électorat, on va aller le chercher là. On ne va pas aller prendre des voix à Mme Untel ou à Monsieur Untel, on va se concentrer sur ceux qui n’ont pas voté. Donc on ne va pas diviser, mais on va essayer de rassembler.
C’est assez étonnant ce discours qui consiste à dire que l’on va chercher ceux qui à l’évidence n’ont pas l’intention de voter !
Pourquoi ils n’ont pas l’intention de voter ? Il faut se poser la question. C’est qu’ils ne se sont pas reconnus dans les programmes des uns et des autres qui ont été aux élections. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Je ne vois pas pourquoi on va chercher midi à quatorze heures, il faut rester très pragmatique dans la vie.
Quelle est votre ambition ?
Je n’ai pas d’ambition. Mon ambition, c’est que les choses changent en Calédonie, que nos enfants, nos petits-enfants puissent vivre dans ce pays, il y a de la place pour tout le monde. Et tout le monde devrait bien vivre. Il faut simplement recadrer les choses, mais je n’ai pas comme ambition de faire une carrière dans la politique.
Si vous n’avez pas d’ambition, vous avez bien l’objectif d’avoir des élus ?
C’est normal ! Si on va aux élections, c’est qu’on veut des élus. En espérant qu’ils vont pouvoir taper sur la table.
Et une fois que vous aurez des élus, est-ce que vous envisagez des alliances pour former des majorités ?
Vous savez, déjà, s’il y a des alliances, je dis bien s’il y en a, ce sera toujours dans l’intérêt des Calédoniens. Mais jamais contre les Calédoniens, comme aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, quand vous prenez Bougival, on a joué contre les Calédoniens. On nous propose une indépendance-association. Ils peuvent appeler ça comme ils veulent, l’habiller comme ils veulent. Vous prenez l’accord de Bougival, dans le préambule, c’était écrit, c’était un accord de décolonisation, d’émancipation et de décolonisation. Alors qu’ils ne viennent pas nous faire du cinéma.
Comment se passe votre campagne ?
Elle se passe calmement. On fait une campagne propre, sobre. Il n’y a pas de danseuse à chaque meeting. Et puis, on évite aussi de critiquer, on critique surtout un système.
Comment s’est opéré le choix des colistiers ?
On s’est tous retrouvés autour d’une table un jour, et puis, on a fait un état de la situation, ainsi créée (sourire), et on s’est dit que nous devions y aller. Il avait donc été décidé que nous irions aux élections parce qu’à un moment, il avait été évoqué qu’elles devaient avoir lieu en novembre ou en décembre. On avait donc le temps, mais même si ça a été précipité, on va aller au mieux. Le parti Volonté calédonienne a été créé, j’en suis le président et il y a des gens qui ont une bonne expérience politique, comme Bianca Hénin qui est restée quand même 20 ans en politique, il y a quelqu’un comme Jean-Charles Moglia qui représente le monde agricole, et il y en a d’autres. Sans oublier Claude Sarran qui a saisi la cour européenne pour le dégel du corps électoral. Tout le monde en a fait son bébé, mais le premier, c’était lui en 1998-1999, avec l’arrêt Py, il ne faut pas l’oublier. Ce sont des gens qui savent de quoi ils parlent, qui n’ont pas l’ambition d’avoir un poste ou un salaire. Nous, on est là pour que les choses changent en Calédonie. Ça ne peut plus continuer comme ça. La preuve, c’est l’état dans lequel on est, et c’est quand même ceux qui étaient avant nous, qui nous ont amenés dans cet état. Il ne faut pas tourner autour du pot. Nos adversaires, ce sont ceux qui veulent que la France parte de la Calédonie, qu’ils soient loyalistes ou qu’ils soient indépendantistes, c’est le même combat.
Propos recueillis par Nicolas Vignoles


