Après plusieurs cas de piqûres signalés à Maré, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie appelle la population à la vigilance. Dans la nuit du 9 au 10 juin, cinq personnes ont été prises en charge par les urgences du centre médico-social de Tadine.
Prudence dans les eaux maréennes. Dans la nuit du 9 au 10 juin, cinq personnes ont été prises en charge par les urgences du centre médico-social de Tadine après avoir été piquées par des méduses. Les victimes présentaient notamment des brûlures sévères. Si l’espèce responsable n’a pas encore été formellement identifiée, plusieurs éléments laissent penser qu’il pourrait s’agir d’une cuboméduse du genre Alatina, connue pour son venin particulièrement puissant.
Selon le communiqué publié jeudi par la Direction des affaires sanitaires et sociales (DASS), les méduses observées étaient de couleur bleue et dotées de longs filaments. Une description qui correspond à celle des cuboméduses déjà observées à plusieurs reprises dans les eaux calédoniennes. Face à cette situation, les autorités recommandent la plus grande prudence lors des baignades, activités nautiques et sorties en mer.
Une cuboméduse déjà observée dans les eaux calédoniennes
Pour le docteur Claude Maillaud, médecin légiste et président de la commission médicale et de prévention de la Fédération française d’études et de sports sous-marins (FFESSM) en Nouvelle-Calédonie, l’hypothèse de la cuboméduse est la plus probable. L’identification reste toutefois présomptive, aucun spécimen n’ayant été récupéré à ce stade.
L’espèce suspectée appartient au genre Alatina, une cuboméduse présente en Nouvelle-Calédonie et connue des scientifiques depuis 2018. Les premières observations documentées ont été réalisées entre Bourail et l’îlot Amédée avant que plusieurs épisodes ne soient recensés dans le lagon Sud et aux îles Loyauté. En janvier 2024, un épisode de grande ampleur avait même été signalé sur une vaste zone allant de l’île des Pins à Népoui, en passant par Maré. Cette méduse possède une ombrelle transparente d’une dizaine de centimètres de long et quatre filaments venimeux pouvant dépasser cinquante centimètres. Elle vit généralement dans les grandes profondeurs avant de remonter en surface pour se reproduire. Ces rassemblements surviennent selon un cycle bien particulier : environ tous les 28 jours, entre huit et douze jours après la pleine lune, avec un pic observé autour du dixième jour. Des centaines d’individus peuvent alors être observés simultanément.
Le danger de cette espèce réside dans la puissance de son venin. Le simple contact avec les filaments provoque une douleur immédiate et intense. Mais les effets peuvent rapidement devenir plus graves. Les cuboméduses sont associées au syndrome d’Irukandji, une envenimation susceptible d’entraîner des douleurs musculaires, articulaires, abdominales ou lombaires, des vomissements, des maux de tête, une fatigue importante et parfois des difficultés respiratoires. Une hypertension artérielle marquée peut également apparaître dans certains cas. « Le principal risque reste toute fois la noyade », souligne Claude Maillaud. Les symptômes peuvent devenir rapidement incapacitants et empêcher une personne de regagner le rivage ou d’appeler à l’aide. Même une faible surface de peau exposée peut suffire à provoquer une réaction importante, notamment au niveau du visage.
Contrairement à certaines espèces de méduses, les Alatina ne sont pas liées à une saison particulière et peuvent être observées tout au long de l’année. Selon le spécialiste, le réchauffement des eaux leur offre des conditions plus favorables tandis que la diminution de certaines populations de poissons pourrait également contribuer à leur développement.
Vinaigre, eau chaude… Les bons gestes à adopter
Face au risque d’envenimation, les autorités recommandent d’éviter les baignades et les activités nautiques dans les zones concernées par les signalements. Il est également fortement déconseillé de manipuler une méduse, même morte ou échouée sur le rivage. En cas de piqûre, la première priorité consiste à sortir immédiatement la victime de l’eau afin d’éviter tout risque de noyade. La zone touchée doit ensuite être rincée abondamment au vinaigre pendant plusieurs minutes. Cette étape est essentielle car elle permet d’inactiver les cellules venimeuses qui n’ont pas encore injecté leur venin. Une fois le vinaigre appliqué, les filaments visibles peuvent être retirés délicatement à l’aide d’une pince à épiler, sans jamais les toucher à mains nues. Les spécialistes recommandent ensuite, lorsque cela est possible, d’immerger la zone atteinte dans une eau chaude comprise entre 45 et 45,5 degrés. La chaleur permet de réduire les effets du venin et de soulager la douleur, mais uniquement après neutralisation des cellules urticantes.
Des gestes à éviter
À l’inverse, plusieurs gestes sont à proscrire. Il ne faut pas rincer la plaie à l’eau douce, à l’eau de mer, à l’urine, au citron, à l’alcool ou au soda. Il est également déconseillé de gratter la zone touchée ou d’appliquer du froid, au risque d’aggraver l’envenimation. En présence d’une douleur importante, d’un malaise, de vomissements, d’une gêne respiratoire, d’une perte de connaissance ou de symptômes persistants, les autorités recommandent d’appeler immédiatement le 15 ou de se rendre aux urgences. Le gouvernement invite également les habitants, les plaisanciers et les professionnels de la mer à signaler toute observation de méduses dangereuses à la DASS. Pour Claude Maillaud, la prudence reste la meilleure protection : lors des périodes de signalement, mieux vaut renoncer temporairement à la baignade que s’exposer à une espèce capable de provoquer une envenimation sévère en quelques secondes.
Hugo Hamna


