« Je n’ai jamais été aussi près de mourir »

Le tribunal correctionnel de Nouméa a jugé dix habitants de Canala et de Kouaoua soupçonnés d’avoir participé à de violents affrontements avec les gendarmes au carrefour de Sarraméa, lors des émeutes de 2024, au cours desquels une quarantaine de militaires avaient été blessés. « Je n’avais jamais vu de telles scènes de guerre en vingt-deux ans de carrière », a témoigné l’un d’eux. Si certains militants indépendantistes sont présentés comme de simples « exécutants », le parquet a requis des mandats d’arrêt contre Steeve M.-S. et Romarick P. pour leur rôle présumé de donneurs d’ordres. Le délibéré est attendu le mois prochain.

Il a connu la plupart des mouvements sociaux les plus violents de notre époque. La révolte des gilets jaunes, le mouvement contre le CPE, les manifestations monstres contre la loi Travail… Pourtant, rien n’a autant marqué ce gendarme mobile expérimenté que la journée du 28 juin 2024, lorsqu’il a affronté, avec une soixantaine de camarades, plus de 200 militants indépendantistes au carrefour de Sarraméa. Une semaine à peine après l’arrestation et la mise en examen des principaux leaders de la CCAT (Cellule de coordination des actions de terrain), dont Christian Tein, le pays s’embrase. Un rien semble pouvoir faire basculer le territoire dans la guerre civile.

Ce 28 juin 2024, une heure avant la tombée de la nuit, une colonne de gendarmes avance vers Sarraméa. Les ordres de la hiérarchie sont clairs : les militaires doivent dégager la RP5 et repousser les « adversaires » vers la côte Est. La route est jonchée de carcasses de voitures incendiées, de branchages coupés, d’amas de terre et de détritus en tout genre. Jean-Marie B., un militant indépendantiste de Kouaoua, assume ces « petits barrages filtrants » pour « faire pression sur l’État et le gouvernement ». Les gendarmes ont un souvenir différent du sien. Lorsqu’ils approchent du carrefour de Sarraméa, d’immenses panaches de fumée noire s’élèvent dans le ciel. Ce sont les premières images qu’ils voient. « Nous avancions en file indienne. Nous progressions difficilement tant il y avait des obstacles sur la route. Au loin, on voyait beaucoup de monde. Il y avait au moins une centaine de pick-up. Ils nous attendaient… », rapporte un gendarme mobile devant le tribunal correctionnel où sont jugés dix habitants de Nakéty (Canala) et de Kouaoua.

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Légende photo : « Les projectiles venaient de partout. Nous étions constamment harcelés. Nous étions comme dans une cuvette : le terrain ne nous était pas favorable. Nous ne connaissions pas les lieux. Nous étions des cibles à 360 degrés. Je n’ai jamais rien vécu d’aussi marquant », a témoigné un gendarme.

Jean-Alexis Gallien-Lamarche

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