La Conférence Galliéni de la Santé se tiendra du 27 au 29 mai en Nouvelle-Calédonie. Trois axes de travail pour redynamiser un système de santé fragilisé : attractivité des professionnels, gestion des besoins de soins et soutenabilité financière.
Trois mois de préparation, des centaines d’acteurs mobilisés, plus de 650 réunions de travail : la Conférence Galliéni de la Santé qui débute mercredi prochain n’est pas un simple colloque. C’est un véritable processus de co-construction engageant le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie à transformer les constats en actions concrètes. Le secteur de la santé, fragilisé par des années de crises politiques, économiques et sociales, attend une feuille de route ambitieuse mais réaliste.
Retenir plutôt que recruter
Sur la question cruciale de l’attractivité des professionnels de santé, Naïa Wateou, membre du gouvernement en charge de la Fonction publique, insiste sur une priorité souvent mal comprise. Selon elle, « on parle d’attractivité du personnel, ce n’est pas tant d’aller aujourd’hui chercher des professionnels à l’extérieur pour pouvoir soigner nos gens, c’est de faire en sorte que nos professionnels de santé qui sont aujourd’hui dans les hôpitaux, dans les centres médicaux sociaux, ne partent pas. » Cette orientation reflète une réalité calédonienne souvent occultée : la fuite des talents. C’est pourquoi les ateliers de la conférence approfondiront une refonte des statuts, du temps de travail, et des dispositifs de valorisation des carrières. Le travail préparatoire a d’ailleurs identifié des lacunes. Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de l’Économie et du Budget, relève un dysfonctionnement basique qui paralyse toute projection : « Aujourd’hui, on a nos services qui sont en incapacité de nous donner l’âge des praticiens en Nouvelle-Calédonie. Aucune capacité à se projeter, de dire on va avoir besoin de généralistes à cette échéance-là . »
Cette méconnaissance du vivier de talents rend impossible une gestion prévisionnelle efficace des emplois et des compétences. Un premier changement attendu est la mise en place d’une véritable programmation pluriannuelle des investissements en santé, qui permettrait à la Nouvelle-Calédonie de financer directement certains équipements médicaux plutôt que de les laisser à la location.Â
Un système à rationaliser
Deuxième pilier de la conférence, l’offre de soins en Nouvelle-Calédonie suscite un constat que le gouvernement ne cesse de répéter. Comme l’affirme Christopher Gygès, « on a un bon système de santé en Nouvelle-Calédonie, mais qu’il faut être en capacité de rationaliser, prioriser. » Le diagnostic est clair : le système n’est pas en faillite, mais il souffre de redondances coûteuses et d’un manque de cohérence. Entre 2015 et 2025, les dépenses de santé ont augmenté de 15 à 20 milliards de francs alors que la population diminue et que la qualité des soins ne s’est pas améliorée proportionnellement.Â
La refonte de la carte sanitaire, avec expertise externe, s’inscrit dans cette logique de rationalisation et vise à éliminer les suréquipements dans certains bassins de population. Le troisième axe, la soutenabilité financière, concentrera les tensions. La réforme du RUAMM et de la CAFAT reste une urgence incontournable. Sur ce terrain, le gouvernement affirme sa détermination à produire, avant le 27 mai, des mesures concrètes visant à maîtriser la dérive des dépenses sans réduire la qualité des soins. Mercredi prochain, la conférence s’ouvrira avec tous les acteurs du secteur : public, privé et libéral. Elle se déroulera autour de sessions plénières, d’ateliers thématiques et de groupes de travail réunissant institutions, professionnels et représentants de la société civile. Le vendredi après-midi, une restitution publique marquera la conclusion. L’ambition est claire : ouvrir un nouveau processus de transformation du système de santé calédonien.
Claire Rio-Pennuen




