Mieux nourrir les élèves, soutenir les producteurs locaux et réduire le gaspillage alimentaire : c’est l’ambition du projet pilote « La belle Cantine », dont les résultats ont été présentés hier lors d’une conférence organisée à la Chambre de commerce et d’industrie de Nouvelle-Calédonie.
Menée pour l’Agence rurale, l’Agence sanitaire et sociale (ASSNC) et l’Agence française de développement (AFD), l’étude d’impact indépendante conclut que le dispositif produit des effets encourageants, mais qu’un changement d’échelle sera nécessaire pour transformer durablement la restauration scolaire calédonienne. Porté par l’association Pacific Food Lab, le projet a été expérimenté en 2025 dans cinq établissements pilotes : le lycée Michel-Rocard de Pouembout, l’internat provincial de La Foa, ainsi que les collèges de Normandie, Gabriel-Païta et Koutio. L’objectif était triple : intégrer davantage de produits locaux dans les menus, lutter contre le gaspillage alimentaire et sensibiliser les élèves à une alimentation plus durable. Pour accompagner cette expérimentation, une bonification de 40 francs par repas et par élève avait été mise en place afin d’aider les cantines à acheter davantage de produits locaux. Chaque jour, près de 60 000 élèves mangent dans les cantines du territoire. Selon les résultats présentés par le consortium d’experts indépendants chargé de l’étude, certaines cantines pilotes ont atteint entre 32 % et 53 % de produits locaux frais ou transformés dans leurs menus. Plusieurs établissements ont également réussi à réduire une partie du gaspillage alimentaire et à mettre en place un repas végétarien hebdomadaire.
Mais l’étude insiste aussi sur les limites du dispositif actuel. Les experts parlent d’« impacts limités » et estiment que le modèle reste encore trop fragile pour être généralisé sans adaptation importante. Les producteurs interrogés dénoncent notamment des volumes insuffisants, des contraintes logistiques importantes et un manque de visibilité sur les commandes. La restauration scolaire représente aujourd’hui moins de 5 % du chiffre d’affaires de nombreux producteurs locaux. Du côté des établissements scolaires, les difficultés concernent surtout les approvisionnements, les écarts de budget entre cantines et le manque d’outils de suivi performants. L’étude souligne également que le projet repose encore beaucoup sur l’implication personnelle des chefs de cuisine et des équipes éducatives.
Une généralisation progressive envisagée à partir de 2026
Face à ces constats, les auteurs de l’étude proposent plusieurs scénarios pour l’avenir du dispositif. Le scénario privilégié est celui d’une transition progressive dès 2026, avec un élargissement du projet à l’ensemble des collèges et lycées publics et privés du territoire. Les recommandations incluent le changement du logiciel de gestion des cantines afin de mieux mesurer les achats locaux et le gaspillage alimentaire, la création d’équipes d’accompagnement pluridisciplinaires, ainsi que le développement de formations spécifiques pour les personnels de restauration. Les coûts annoncés sont importants : près de 197 millions de francs pour la bonification à l’échelle du secondaire et 15 millions pour le changement de logiciel la première année. L’étude recommande aussi de structurer les approvisionnements « par filière » et « par bassin géographique », avec des contrats pluriannuels entre cantines et producteurs afin de garantir des volumes stables. Les experts estiment également que les habitudes alimentaires des élèves constituent un enjeu central et plaident pour un renforcement des actions pédagogiques autour du goût et de l’alimentation durable.
Légende photo : Restitution de l’étude d’impact du projet «La belle Cantine», hier à la CCI-NC.
Hugo Hmana




