80 ans après, la Nouvelle-Calédonie rend hommage à ses volontaires

Le 21 mai 1946, Nouméa accueillait le retour des volontaires du Pacifique partis combattre pendant la Seconde Guerre mondiale. Quatre-vingts ans plus tard, le territoire s’apprête à commémorer cet événement fondateur à travers une année mémorielle dense. Entre devoir de mémoire, transmission et appel au rassemblement, cet anniversaire résonne encore fortement aujourd’hui.

Le 21 mai 1946, après cinq années de guerre, les volontaires du Pacifique reviennent à Nouméa. À bord du Sagittaire, ces hommes, partis combattre à des milliers de kilomètres de leur île, sont accueillis en héros par toute une population. Pour le général Gabriel Soubrier, commandant supérieur des Forces armées en Nouvelle-Calédonie, cet épisode dépasse largement le cadre militaire. « C’est un moment mémoriel de grande communion pour la Nouvelle-Calédonie », explique-t-il. Un événement d’autant plus marquant qu’il s’inscrit dans un élan collectif inédit : « Ce n’est pas seulement une décision des élites, c’est le peuple calédonien qui s’est levé pour rallier la France libre. »  Dès 1941, des centaines d’hommes quittent le territoire, parfois dans des conditions incertaines, pour rejoindre les combats en Afrique du Nord, en Europe ou encore au Proche-Orient. Un engagement qui reste, aujourd’hui encore, profondément singulier.

Un engagement hors du commun

Ils étaient 287 à embarquer lors du premier départ, le 5 mai 1941. D’autres les rejoindront ensuite, parfois clandestinement. Tous ont en commun d’avoir quitté leur famille, leur terre, sans savoir ce qui les attendait. « Ils sont partis dans une aventure dont ils ne connaissaient ni la durée ni l’issue », rappelle le général. « Ils ont entendu l’appel du général de Gaulle à une époque où il n’y avait ni réseaux sociaux ni moyens modernes de communication. »  Cet engagement, volontaire et collectif, marque une rupture avec la Première Guerre mondiale, où tous les combattants océaniens n’étaient pas engagés de leur plein gré. « Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils étaient tous volontaires », insiste-t-il. Au delà des faits, cet épisode révèle une facette essentielle de la société calédonienne de l’époque : un sens profond de l’engagement, de la solidarité et du devoir.

Une mémoire vivante et partagée

Quatre-vingts ans après, cette mémoire n’a rien de figé. Elle continue de se transmettre, notamment auprès des jeunes générations. « C’est un flambeau », souligne le général Soubrier. « Une mémoire vive, active, dynamique. »  Les Forces armées en Nouvelle-Calédonie jouent un rôle central dans cette transmission. À travers les classes de défense, les interventions en milieu scolaire ou encore des actions menées sur l’ensemble du territoire, elles participent à faire vivre cet héritage. « Nous avons un devoir de mémoire, mais aussi un devoir de transmission », insiste-t-il. Une mission qui dépasse le cadre strictement militaire pour toucher l’ensemble de la société. Cette mémoire s’inscrit aussi dans une dimension régionale. Les volontaires du Pacifique étaient issus de différentes communautés – Calédoniens, Tahitiens, Wallisiens, Futuniens, Néo-Hébridais – et leur engagement reste un symbole fort de solidarité océanienne.

Une année mémorielle dense

L’année 2026 a été placée sous le signe de cette commémoration. Dès le début de l’année, des initiatives ont été lancées pour associer la population, et en particulier les jeunes, à ce travail de mémoire. Temps forts de ces célébrations : les 20 et 21 mai prochains. Le 20 mai au soir, une cérémonie est prévue sur le quai des Volontaires – aujourd’hui quai Ferry – lieu symbolique du départ en 1941 et du retour en 1946. Le lendemain, une journée défense sera organisée place des Cocotiers, avec des animations, des présentations de matériel et des temps de rencontre avec le public. L’objectif est clair : recréer cette « ferveur collective » qui avait marqué le retour des volontaires en 1946 et rassembler les Calédoniens autour de cet héritage commun. 

Des valeurs toujours actuelles

Courage, engagement, générosité : les valeurs portées par les volontaires du Pacifique trouvent encore un écho aujourd’hui. Et contrairement à certaines idées reçues, elles ne se sont pas perdues. « On critique souvent la jeunesse, mais je peux témoigner que cette générosité existe toujours », affirme le général. « Je la retrouve chez les jeunes qui s’engagent aujourd’hui dans les armées ou dans le service militaire adapté. »  Pour lui, le lien entre les générations est évident. « L’esprit de nos anciens est toujours présent chez les jeunes Calédoniens », poursuit-il. Un héritage qui se perpétue, sous des formes différentes, mais avec la même volonté de servir. 

Un appel au rassemblement

Au-delà de la commémoration, cet anniversaire porte aussi un message. Celui du rassemblement, dans un contexte où la Nouvelle-Calédonie traverse des périodes de questionnement. « On ne peut rien faire seul », insiste le général Soubrier. « C’est ensemble que nous pourrons préserver cette terre d’engagement qu’est la Nouvelle-Calédonie. » Un message qu’il adresse particulièrement aux jeunes générations : regarder le passé avec lucidité, en être fiers, mais surtout s’en inspirer pour construire l’avenir. Le 21 mai prochain, en commémorant le retour des volontaires du Pacifique, le territoire ne célébrera pas seulement une page de son histoire. Il réaffirmera aussi ce qui, aujourd’hui encore, peut le rassembler. 

Légende photo Le général Gabriel Soubrier, engagé dans la transmission de la mémoire des volontaires du Pacifique.

Fil d'actualité

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné,...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4...

La voix du Caillou #872

Consultez en ligne l'édition du 4 juin 2026 de...

L’Adie part en campagne pour l’entrepreneuriat des femmes

Depuis lundi et jusqu'à vendredi, l'Association pour le droit...

« La Nouvelle-Calédonie cumule toutes les crises à la fois »

Benoît Petit, PDG du groupe Elvest et d'Inter Invest...

Newsletter

Inscrivez vous pour recevoir chaque semaine notre newsletter dans votre boîte de réception.

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné, inéligible, puis éligible, puis inéligible, puis finalement éligible, un sacré yoyo juridique dans lequel Jacques Lalié...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4 juin 2026 de votre quotidien "La Voix du Caillou". Notre avenir s'écrit au quotidien…

La voix du Caillou #872

Consultez en ligne l'édition du 4 juin 2026 de votre quotidien "La voix du Caillou". Notre avenir s'écrit au quotidien…