Le 14 avril, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a adopté une réforme majeure de son système éducatif. En remplaçant les diplômes d’État du premier degré par des certifications territoriales, le Caillou parachève le transfert de compétences engagé depuis les années 2000 et modernise le statut de ses enseignants.
C’est une page qui se tourne pour l’école calédonienne. Réunis en séance publique ce mardi 14 avril, les élus du boulevard Vauban ont validé la délibération portant « diverses mesures en matière d’enseignement du premier et du second degré ». Ce texte, fruit d’un travail dense en commission le 30 mars et le 1er avril derniers, marque l’officialisation du transfert de l’enseignement primaire en matière de formation initiale.
Une réforme structurante pour la formation et les carrières
Le changement le plus symbolique concerne la certification des futurs instituteurs. Suite à la caducité des conventions avec l’État, le texte instaure une évaluation entièrement locale pour le premier degré. Concrètement, le Diplôme Professionnel d’Instituteur (DPI) est supprimé et remplacé par une « attestation territoriale ». Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement chargée de l’enseignement, souligne que cette évolution vise à « renforcer le niveau de qualification et de professionnalisation des instituteurs » en alignant les conditions de stage sur des standards plus élevés, notamment via le Master MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) de l’Université de la Nouvelle-Calédonie. Si le premier degré se « territorialise », le second degré cherche la cohérence avec l’Hexagone. La réforme aligne les carrières sur le dispositif national « Parcours professionnels, carrières et rémunérations » (PPCR). Parmi les changements de cette réforme il y a : les règles d’évaluation et d’avancement qui sont unifiées, l’ancien « échelon spécial » de la classe exceptionnelle est transformé en un 5ème échelon accessible automatiquement, rendant les carrières plus linéaires. Un cadre rénové est également prévu pour les personnels de direction, avec un nouveau régime indemnitaire (RIFSEEP) tenant compte de l’engagement professionnel.
Entre enjeux locaux et dépendance financière
Au-delà de la technique juridique, les débats en commission ont révélé des enjeux politiques profonds. Marie-Line Sakilia, élue au Congrès, a qualifié ce texte de « réforme d’ampleur » affectant l’ensemble du système. Elle a notamment insisté sur la nécessité d’accompagner la montée en compétences des locaux : « La situation actuelle traduit une forme de discrimination indirecte à l’égard des jeunes du territoire, qui ne peuvent prétendre à ces postes faute d’accompagnement adéquat ». À ce jour, l’équilibre reste fragile : 43,2 % des personnels enseignants sont des titulaires territoriaux, contre 17,9 % de titulaires d’État. L’ombre du financement de l’État plane toujours sur ces avancées. Isabelle Champmoreau a rappelé la réalité des chiffres : la Mise à Disposition Globale et Gratuite (MADGG) des personnels représente environ 48 milliards de F.CFP par an. « En l’état actuel des finances du territoire, il serait budgétairement impossible pour la Nouvelle-Calédonie d’en assumer la charge, ce qui conduirait à un effondrement du système éducatif ».
Malgré ces inquiétudes financières, le texte a été adopté à une large majorité, marquant une volonté commune de sécuriser les parcours des enseignants tout en affirmant l’identité calédonienne de l’école.
Hugo Hmana



