Les archives de la Nouvelle-Calédonie ouvrent leurs portes au public pour lui permettre de découvrir une exposition inédite, « Archives inaccessibles ? ». L’occasion pour la population calédonienne de comprendre le rôle précis de ce service, mais surtout, son fonctionnement.
La porte principale des archives franchie, le spectateur peut d’ores et déjà observer le journal du ministère des Colonies, dans lequel figurent les noms de tous les relégués du bagne, quelques photos ou encore un registre de vaccination des populations. Placés sous verre, ces précieux documents ne peuvent être touchés ou feuilletés. Quelques mètres plus loin, dans une seconde salle, d’autres documents sont fièrement exposés. Une carte de la Nouvelle-Calédonie de plus de six mètres, le numéro 0 des Nouvelles calédoniennes, qui avait été distribué gratuitement en 1971, des numéros de La France australe, un acte de mariage librement accessible depuis la veille de l’exposition ou encore un chansonnier datant du bagne… Ces derniers objets, accessibles seulement samedi, ont rapidement regagné leur place dans les archives territoriales, loin des regards du public.
Mais alors, pourquoi ? À travers son exposition « Archives inaccessibles », les spécialistes entendent lever le voile sur le fonctionnement précis du service. « On s’est rendu compte que, lorsque des personnes effectuaient des recherches personnelles ou généalogiques, elles ne comprenaient pas pourquoi elles ne pouvaient pas accéder à certains documents », explique Corinne Ample, responsable de la valorisation des collections aux archives de la Nouvelle-Calédonie et initiatrice de cette exposition. Cette balade dans les archives territoriales permet en effet d’obtenir certaines réponses, alors que les règles de conservation, de préservation et de consultation demeurent précises.
Raisons matérielles et restrictions légales
Trois raisons sont ainsi déclinées pour expliquer la « communicabilité » de tel ou tel document. La première concerne la raison matérielle, lorsque certains documents sont trop abîmés pour être manipulés par le public. C’est le cas, par exemple, du journal du ministère des Colonies. Ces informations peuvent parfois être consultées, lorsque cela a été réalisé, sur les microfilms ou encore dans les fonds numérisés.
La seconde est basée sur les restrictions légales, avec « les délibérations et le code du patrimoine qui nous empêchent de montrer certains documents pendant une certaine durée ». Cela permet ainsi de protéger la vie privée mais aussi le secret des affaires. Ainsi, concernant les archives publiques locales, les listes électorales ne sont accessibles qu’après 30 ans, alors qu’il faudra attendre 100 ans avant d’espérer accéder aux questionnaires du dernier recensement de la population. Tout ce qui concerne les registres de santé demeure loin des regards publics pendant 150 ans. En revanche, concernant les documents de défense et de sécurité, ces derniers demeurent logiquement « incommunicables » à vie. « L’armée ne va pas vous dire comment fabriquer une bombe ou autre », sourit Corinne Ample.
Les donateurs restent propriétaires
Enfin, la troisième et dernière raison concerne les fonds privés, qui proviennent des familles, des associations ou des entreprises. Or, en confiant leurs archives — préservant ainsi leur patrimoine tout en contribuant à la mémoire collective du territoire — ces derniers peuvent choisir un délai de communicabilité ou encore mettre en place des restrictions. « On a par exemple un fonds donné par une famille qui est exclusivement consultable par trois chercheurs du territoire. Pour cette exposition, nous avons fait une demande spéciale pour avoir l’autorisation de l’exposer ici », poursuit la responsable. Car, elle le rappelle, les archives ne sont pas propriétaires. « Certaines familles possèdent un fonds très riche, mais elles n’ont pas les conditions de conservation. Elles savent qu’elles peuvent réaliser un dépôt aux archives. Ce qui veut dire que le fonds appartient toujours à la famille. »
Infos pratiques
L’exposition « Archives inaccessibles ? » est accessible au service des archives, 3 rue Raoul-Félix-Thomas à Nouville (derrière le Théâtre de l’Île), jusqu’au 31 juillet prochain. Visite possible du mardi au vendredi, de 8 heures à 17 heures ainsi que le samedi de 8 heures à 12 heures.
Légende photo : L’exposition « Archives inaccessibles » sera en place jusqu’au 31 juillet.
Claire Gaveau



