Nouméa cartographie l’avenir maritime

La 23e Commission hydrographique du Pacifique Sud-Ouest se tient à Nouméa du 16 au 20 février 2026, réunissant 19 pays autour des enjeux de cartographie marine et de sécurité de la navigation.

La Nouvelle-Calédonie est cette semaine au cÅ“ur des grandes discussions maritimes du Pacifique. Nouméa accueille pour la deuxième fois, après 2016, la Commission hydrographique du Pacifique Sud-Ouest (SWPHC), instance régionale de l’Organisation hydrographique internationale (OHI). Pendant cinq jours, hydrographes, cartographes marins et représentants gouvernementaux de 19 pays se retrouvent à la CPS pour harmoniser leurs pratiques et faire avancer la sécurité de la navigation dans la région. L’hydrographie, science du levé et de la cartographie des eaux, est bien plus qu’une discipline technique. Elle est au fondement de la sécurité maritime mondiale. En mesurant, décrivant et représentant les fonds marins, les zones côtières et les couloirs de navigation, elle permet aux capitaines de navires de circuler en toute sécurité, que ce soit pour transporter du minerai, des conteneurs ou des passagers. Guillaume Voineson, directeur de l’antenne du Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM) à Nouméa, résume l’enjeu : « Pour que les capitaines de bateaux puissent naviguer de la même manière quand ils partent d’Australie que quand ils arrivent en Nouvelle-Calédonie, on doit mettre en place des standards pour créer nos cartes de navigation qui soient les mêmes d’un pays à l’autre. »

Un territoire à l’épicentre des routes du Pacifique

La Nouvelle-Calédonie occupe une place stratégique dans cet ensemble régional. Son lagon, l’un des plus grands et des plus exceptionnels au monde sur le plan corallien, représente à la fois une richesse à protéger et un défi à cartographier. La compétence hydrographique y est d’ailleurs partagée entre le gouvernement calédonien, chargé de la cartographie du lagon, et l’État français, responsable de la zone économique exclusive. Cette mission est assurée sur le terrain par la base hydrographique de Nouvelle-Calédonie, composée de huit militaires du SHOM et de trois agents du gouvernement, qui effectuent leurs levés à bord du Louis Hénin, navire baliseur gouvernemental. Samuel Hnepeune, membre du gouvernement co-président de la commission hydrographique locale, insiste sur la dimension géopolitique de ces travaux : « La géopolitique et les enjeux des routes maritimes, c’est important, tant pour le commerce que pour le reste, les questions de défense. » Pour lui, accueillir une telle réunion à Nouméa n’est pas anodin. C’est l’occasion de « partager les expériences et de prendre en compte les évolutions technologiques, scientifiques et les usages que chacun pratique dans sa zone. »

Des chantiers concrets pour les années à venir

Au-delà des échanges théoriques, la commission débouche sur des programmes d’action très concrets pour le territoire. Parmi les chantiers prioritaires figure la préparation du FESTPAC 2028, le Festival des arts et de la culture du Pacifique, pour lequel le SHOM devra définir de nouveaux couloirs de navigation afin de guider en sécurité les navires de toute la région. La desserte maritime locale est également au programme : des itinéraires préférentiels par mauvais temps ont déjà été définis pour le Bético. Le développement du tourisme de croisière figure aussi parmi les priorités. Samuel Hnepeune évoque la nécessité de cartographier de nouveaux mouillages pour accueillir les paquebots dans des sites encore peu balisés. « On parle de relancer la croisière. Est-ce qu’on va à Boulouparis ? Est-ce qu’on va à Bourail ? Il faut cartographier les accès, en tout cas des zones où on pourrait éventuellement accueillir des navires », explique le membre du gouvernement. La transition numérique constitue l’autre grand axe de ces travaux. Guillaume Voineson souligne que la cartographie marine évolue profondément et qu’aujourd’hui « on passe au numérique. Il y a de nouvelles façons de naviguer pour essayer d’être plus efficients, par exemple pour économiser le carburant et être moins polluants. » Cette modernisation passe aussi par une meilleure intégration des données météorologiques et des courants marins dans les outils de navigation. À l’échelle internationale, la montée en puissance de l’organisation internationale pour l’aide à la navigation maritime (IALA), comparable à ce que représente l’IATA pour l’aviation, ouvre de nouvelles perspectives. La Nouvelle-Calédonie réfléchit à la manière dont elle pourrait y siéger en tant que membre associé, aux côtés de la France qui en est membre de plein droit. Un enjeu de visibilité et de souveraineté supplémentaire pour un territoire dont l’avenir reste intimement lié à la mer.

Légende : Dix-neuf pays de la région pacifique sud étaient réunis au CPS.

Claire Rio-Pennuen

Fil d'actualité

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné,...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4...

La voix du Caillou #872

Consultez en ligne l'édition du 4 juin 2026 de...

L’Adie part en campagne pour l’entrepreneuriat des femmes

Depuis lundi et jusqu'à vendredi, l'Association pour le droit...

« La Nouvelle-Calédonie cumule toutes les crises à la fois »

Benoît Petit, PDG du groupe Elvest et d'Inter Invest...

Newsletter

Inscrivez vous pour recevoir chaque semaine notre newsletter dans votre boîte de réception.

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné, inéligible, puis éligible, puis inéligible, puis finalement éligible, un sacré yoyo juridique dans lequel Jacques Lalié...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4 juin 2026 de votre quotidien "La Voix du Caillou". Notre avenir s'écrit au quotidien…

La voix du Caillou #872

Consultez en ligne l'édition du 4 juin 2026 de votre quotidien "La voix du Caillou". Notre avenir s'écrit au quotidien…