Perte d’emploi, violences conjugales, expulsion : l’association l’Accueil accompagne ceux qui basculent. Avec 850 personnes prises en charge en 2025, Aurélien Lamboley et Patricia Gérard, directeur et présidente de l’association, alertent sur des structures saturées tout en soulignant la capacité d’adaptation des équipes et la continuité de l’accompagnement malgré un contexte extrêmement contraint.
La Voix du Caillou : Pouvez-vous nous présenter l’association l’Accueil ?
Aurélien Lamboley : L’Association « l’Accueil » a connu une évolution majeure en 2022 avec la fusion-absorption de l’Association « Les Manguiers », ce qui l’a positionnée comme un opérateur incontournable du paysage calédonien en matière d’insertion. Nous comptons aujourd’hui 29 salariés et une quinzaine de bénévoles. Nous regroupons cinq entités et deux services. La plus connue, c’est Macadam, un accueil de jour situé à Doniambo pour les personnes sans domicile fixe, hommes et femmes majeurs. Nous avons également deux accueils de nuit à la Vallée des Colons : le foyer Cécile Péronnet pour hommes avec une trentaine de places, et Les Massanes pour femmes avec seulement sept places. Le Centre d’accueil Les Manguiers, est dirigé en faveur des familles monoparentales et biparentales, avec pour objectif l’insertion par le logement. Nous avons aussi un Centre d’hébergement d’urgence pour femmes victimes de violences, ouvert en 2022 suite au Grenelle contre les violences faites aux femmes, qui dispose de 12 places. Enfin, les Maraudes constituent un service d’aller-vers, mais c’est aussi un observatoire de la grande précarité dans les quatre communes de l’agglomération. On quadrille les quartiers pour trouver les personnes en grande difficulté, créer du lien social et les orienter vers les structures adaptées. C’est un service qu’on déploie chaque jour de la semaine, matin et après-midi, ce qui nous permet d’identifier précocement les situations de rupture et d’éviter qu’elles ne s’aggravent.
LVDC : Depuis 2024, avec la crise économique et sociale, comment cela impacte-t-il votre structure ?
AL : Depuis 2024, notre centre d’accueil de jour a été partiellement incendié, ce qui nous a obligés à repenser l’accueil. Mais le nombre de personnes n’a pas baissé, bien au contraire. Ce qui nous a vraiment impactés, c’est l’émergence de nouveaux profils de personnes accueillies : des gens en rupture brutale, qui ont perdu leur logement, leur emploi, leurs repères. On se rend compte qu’il y a ces populations qu’on n’avait pas auparavant. Malgré ces chocs successifs, nous avons maintenu l’ouverture des services et réorganisé nos modalités d’accueil pour garantir la continuité de l’accompagnement. J’insiste là-dessus parce que j’essaie de casser un peu les clichés : être sans domicile, sans abri, ce n’est pas souhaité. La plupart des personnes, ce n’est pas leur choix premier. L’idée, c’est que la personne soit actrice de son parcours, qu’elle puisse être le moteur de cette avancée. La solution vient d’eux avant tout. Avant, la répartition hommes-femmes était de 75-25%. Là, on est plus vers du 65-35. Donc on a une progression significative du nombre de femmes en rupture d’hébergement. On observe aussi une migration des populations de certaines provinces vers Nouméa, parce qu’il y a moins d’opérateurs au niveau du soin et parce que c’est le cœur économique. Les gens viennent chercher de l’emploi, parfois dans des conditions précaires, et ça prend des proportions qui font qu’ils arrivent chez nous.
LVDC : Avez-vous des chiffres sur le nombre de personnes qui passent par les centres d’accueil ?
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Connectez vous pour y accéder !
Propos recueillis par Claire Rio-Pennuen




