Emmanuel Tjibaou a été reconduit à la présidence de l’Union calédonienne. Cette réélection n’a semble-t-il pas été une sinécure et les militants y ont consacré du temps, plus à l’évidence qu’il n’était prévu au programme.
Paraphrasons de Gaulle : « Vers l’UC mystérieux, je me dirigeais avec des idées simples ». Les arcanes du parti sont en effet parfois tellement compliqués, qu’il finit par être audacieux de vouloir faire des analyses et tirer des constats. C’est au bout du bout de ce 56e congrès qui se tenait à la tribu de Pénélo à Maré, que l’Union calédonienne a renouvelé ses instances, renouvellement annuel comme le stipule le fonctionnement.
Une forte majorité mais pas un plein soutien
Au bout du bout en effet, puisque l’élection a été actée vers 4 heures du matin lundi. Certes les travaux du congrès ont pris beaucoup de retard, mais l’élection a semble-t-il focalisé quelque peu le débat. Quatre candidats étaient en lice : Emmanuel Tjibaou, Jacques Lalié, Nadine Pidjot et Gaston Nedenon. Aucun n’a obtenu la majorité requise pour l’emporter dès le premier tour. Un second a donc été nécessaire, qui a demandé moult tractations et négociations. Si trois candidats se sont retirés, laissant seule la candidature d’Emmanuel Tjibaou, le président sortant n’a cependant pas fait le plein de voix auquel il aspirait peut-être. Il a en effet obtenu 139 voix, mais on a également comptabilisé 58 bulletins blancs et 3 bulletins nuls. Quelle signification faut-il donner à ces 61 voix qui ne se sont pas portées sur le président sortant, ce qui lui aurait assuré une assise forte et une légitimité sans limite ? Il y a deux analyses possibles. Tout d’abord un vote sanction à l’encontre de celui qui a négocié, signé et commenté positivement l’accord de Bougival, avant d’être contraint de faire marche arrière et de retirer sa signature sous la pression militante. Soit il existe au sein de l’Union calédonienne, une mouvance qui n’accepte pas, ou plus, la mainmise de la CCAT sur le mouvement. Une mainmise renouvelée cependant lors de cette élection et qui s’illustre par la reconduction à l’identique du bureau politique. La première option semble être la plus probable.
Un congrès sans surprise
Sans surprise en effet, puisqu’à Pénélo, l’UC a réaffirmé son rejet, son refus et son opposition à l’accord de Bougival, et à ce qui en découle, ainsi l’accord Elysée-Oudinot. Sans surprise non plus dans la réaffirmation que la trajectoire que doit suivre la Nouvelle-Calédonie est celle qui doit mener à l’indépendance, dans un laps de temps compris entre maintenant et 2030. Une indépendance qui demeure kanak avant tout. « Nous ne pouvons accepter un projet qui ne vise rien de moins qu’à priver le peuple kanak du droit inné et actif qui lui est internationalement reconnu à l’autodétermination en le noyant dans un peuple calédonien qui reste à construire », a ainsi précisé Emmanuel Tjibaou dans son discours d’ouverture. Sans surprise non plus dans l’absence de propositions, autres que celle de l’accord de Kanaky. Il a en effet été question d’un projet encore et toujours à construire. « Sommes-nous capables de nous mobiliser, non pas seulement pour répéter encore et encore de manière incantatoire ‘’indépendance, indépendance’’, a déclaré Emmanuel Tjibaou mais pour construire collectivement un véritable projet de société, une stratégie à long terme de construction de notre pays, argumentée et solide, à même d’emporter l’adhésion des autres communautés de la Nouvelle-Calédonie à l’image de ce que nous avons défendu durant les législatives de juillet 2024 ? »
Maintenant et à l’instar du FLNKS, l’UC va mener des campagnes de lobbying au Parlement pour convaincre députés et sénateurs de voter contre les dispositifs de mise en œuvre de l’accord de Bougival complété. « A partir du moment où l’État décide d’engager la discussion sans le FLNKS, sans le mouvement de libération nationale et sans l’Union calédonienne, le processus législatif et constitutionnel est engagé à Paris, et ce sont les arguments qu’il faudra faire faire valoir aujourd’hui à l’Assemblée nationale et au Sénat, a déclaré Emmanuel Tjibaou à nos confrères de RRB. En portant l’attention des parlementaires sur un certain nombre de dispositions qui, pour nous, sont contraires aux engagements pris par l’État en 1988. »
Le bureau de l’UC
Emmanuel Tjibaou (président), Pierre-Chanel Tutugoro (premier vice-président), Mickael Forrest (deuxième vice-président), Christian Tein (commissaire général), Hervé Tein Taouva (commissaire général adjoint), Dominique Fochi (secrétaire général), Romuald Pidjot (premier secrétaire général adjoint), Amandine Darras (deuxième secrétaire générale adjointe).
Nicolas Vignoles




