« Avec le temps tout s’évanouit », chantait Léo Ferré, et Dieu sait combien il avait raison. Le temps qui, abolissant les mémoires, passe par pertes et fracas les souvenirs et les évènements, ce dont profitent certains qui voudraient tant oublier et faire en sorte que l’on oublie. Nous ne savons pas de quoi l’avenir calédonien sera fait, et on nous annonce de nouvelles discussions, une énième rencontre pour négocier, encore un rendez-vous. Mais à l’aune de quoi ces rencontres ? Trouver un consensus introuvable puisque le FLNKS ne veut d’accord que sur l’indépendance ? Le temps passe, lui, et bien qu’Einstein ait tenté de nous expliquer qu’il était tout relatif, voire qu’il n’existait pas, le temps pèse. Cela fait huit ans maintenant, huit longues années, qu’à 56,67 %, les Calédoniens ont dit non à l’indépendance. Une paye, un bail, et pourtant. Comme si personne n’avait voulu prendre en compte cette volonté, rééditée à deux reprises, comme si la démocratie dérangeait quand elle ne correspond pas aux plans du pouvoir. Et le pouvoir, celui de l’État, du gouvernement, du Parlement, a compté sur le temps pour que les Calédoniens se lassent et jettent l’éponge, endormis parfois par les discours et postures de personnages et de partis calédoniens. C’était ça Déva. Et cela pourrait être ça aussi l’Élysée du 16 janvier, si l’on n’y prend garde, et si cette garde, justement, on la baisse.
Nicolas Vignoles



