Victime de braconnage en septembre, la tortue grosse tĂŞte soignĂ©e pendant deux mois et demi Ă l’Aquarium des Lagons a regagnĂ© la mer mercredi.
Mercredi après-midi, la plage de l’Anse-Vata a Ă©tĂ© le théâtre d’un moment rare et Ă©mouvant. Samy, une tortue grosse tĂŞte dĂ©couverte attachĂ©e dans la mangrove de Koutio en septembre dernier, a retrouvĂ© son milieu naturel après plus de deux mois de soins intensifs Ă l’Aquarium des Lagons. Un public nombreux, composĂ© de familles, d’enfants et de curieux ayant suivi son histoire depuis le dĂ©but, s’Ă©tait dĂ©placĂ© pour assister Ă ce relâchĂ© symbolique. La scène s’est dĂ©roulĂ©e dans un cadre soigneusement organisĂ©. Les spectateurs formaient deux lignes de chaque cĂ´tĂ© de la tortue, lui laissant un large passage pour rejoindre l’eau en toute tranquillitĂ©. Sylvain Govan, responsable d’aquariologie de l’aquarium, raconte que l’animal « a senti le lagon. Donc elle a dĂ©valĂ© la plage et elle a filĂ© dans l’ocĂ©an » en Ă peine deux minutes. Certains spectateurs, arrivĂ©s lĂ©gèrement en retard, ont manquĂ© la scène tant elle Ă©tait rapide mais se sont rĂ©jouis de savoir Samy en pleine forme.

Des soins délicats contre la nécrose
L’Ă©tat de Samy Ă son arrivĂ©e Ă l’aquarium nĂ©cessitait une surveillance attentive. Sylvain Govan explique que la tortue prĂ©sentait « une blessure au niveau de sa nageoire avant droite oĂą elle avait Ă©tĂ© attachĂ©e ». Si son Ă©tat physique gĂ©nĂ©ral semblait correct, l’Ă©volution de la blessure a inquiĂ©tĂ© l’Ă©quipe soignante. La trace de ligature, d’abord superficielle, s’est aggravĂ©e au fil des semaines. Le responsable d’aquariologie se souvient : « On avait peur que la ligature ait coupĂ© la circulation et qu’elle perde sa patte ». Heureusement, après trois Ă quatre semaines, Samy a recommencĂ© Ă bouger sa nageoire. Mais la nĂ©crose a progressĂ©, laissant apparaĂ®tre les muscles. L’Ă©quipe a dĂ» prolonger les soins, traitant la plaie « Ă base de miel, d’antibiotiques et de crèmes cicatrisantes ». Ce n’est qu’après deux mois et demi, avec l’aval du vĂ©tĂ©rinaire, que Samy a Ă©tĂ© jugĂ©e apte Ă retrouver l’ocĂ©an et la date choisie pour le relâchĂ© concorde stratĂ©giquement avec le dĂ©but de la saison de ponte. La tortue a Ă©tĂ© baguĂ©e avec un numĂ©ro en titane permettant de l’identifier si elle est retrouvĂ©e Ă l’avenir, mais sans suivi GPS.
Sensibiliser les plus jeunes
Le choix de l’Anse-Vata et d’un mercredi après-midi pour relâcher cette tortue d’une trentaine d’annĂ©es n’Ă©tait pas anodin. Pour Tyffen Read, « l’avenir, c’est la jeunesse. C’est eux qu’il faut qu’on arrive Ă sensibiliser sur des actes de braconnage comme ça ». Parmi les spectateurs, ZoĂ©, 10 ans, rĂ©sume l’Ă©motion collective : « Voir une tortue relâchĂ©e, on ne voit pas ça souvent ». Un moment exceptionnel pour tous, et surtout une nouvelle vie pour cette tortue grosse tĂŞte, espèce classĂ©e en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
EnquĂŞte toujours en cours
L’intervention des gardes nature et de la gendarmerie a Ă©tĂ© dĂ©terminante dans le sauvetage de Samy. Dès que les Ă©quipes se sont rendues compte qu’il pouvait s’agir d’un acte de braconnage, une opĂ©ration conjointe a Ă©tĂ© montĂ©e. « Elle ne s’est pas attachĂ©e toute seule, cette tortue », rappelle Tyffen Read, soulignant la gravitĂ© de l’acte. Le Code de l’environnement protège toutes les espèces de tortues marines, et le braconnage constitue un dĂ©lit sĂ©vèrement puni. La spĂ©cialiste, qui travaille Ă la province Sud, prĂ©cise que cette infraction est passible « de 1,789 million de francs d’amende et possiblement d’un an de prison ». L’enquĂŞte pour identifier les auteurs est toujours en cours.
Claire Rio-Pennuen




