De l’argent, encore de l’argent, toujours de l’argent, le magnifique Wadra Bay à Lifou est un puit sans fond. En attendant qu’il puisse accueillir ses premiers clients (aux revenus assurés), ce qui est annoncé pour la fin de cette année, on n’en finit pas de renflouer ses caisses vides. Joyau de l’industrie touristique calédonienne, l’hôtel n’a cessé, depuis que l’on y a pensé, de rencontrer des difficultés et des obstacles, qui en font un accident industriel majeur. Sans doute ses promoteurs avaient-ils vu trop grand ou pas assez pensé qu’il fallait des reins super solides pour mener à terme un tel projet et surtout le faire vivre et fonctionner. On nous assure qu’il existe encore des possibilités pour que ça fonctionne enfin, et il faut en effet l’espérer, même si tout cela s’apparente à un naufrage. Mais c’est aussi parfois le tort de la Nouvelle-Calédonie de croire que tout est possible, même l’impossible. Et la contraindre quand la bise vint, à abaisser la voilure, faire le dos rond, attendre des jours meilleurs qui parfois ne viennent jamais. Une plus grande anticipation, ou plus sûrement accepter d’en rester à ce que nous sommes réellement capables d’accomplir, auraient évité de cruelles, mais trop nombreuses, déconvenues. En matière économique, il nous manque trop souvent le sens des réalités.
Nicolas Vignoles
* Minéralier construit en 1952, il s’échoue sur le récif d’Aboré, près du phare Amédé le 3 juillet 1970.



