Naïma Moutchou à la rencontre des institutions

Lundi, au premier jour de sa visite, Naïma Moutchou est restée tout aussi silencieuse durant l’après-midi, qui était consacrée à des entretiens politiques avec le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, la présidente du Congrès, la présidente de la province Sud et la maire de Nouméa.

Alcide Ponga : « Rappeler les enjeux »

Naïma Moutchou s’est tout d’abord rendue au gouvernement, où elle était attendue par l’ensemble des membres de l’exécutif. C’était la première prise de contact d’Alcide Ponga avec la ministre. Une rencontre que le président du 18e gouvernement a jugée utile pour « rappeler les enjeux auxquels la Nouvelle-Calédonie a à faire face ». Alors que beaucoup de choses ont été dites « sur l’État et à l’État » lors de la dernière séance au Congrès, comme il l’a rappelé, Alcide Ponga estime nécessaire de « poser les choses » afin de « voir comment avancer avec les contraintes locales et nationales », sachant que le gouvernement national est en sursis. Selon lui, cette première réunion a surtout porté sur la méthodologie et les dossiers portés par l’exécutif : jeunesse, logement, parc de la mer de Corail et budget… Et d’annoncer : « Le sujet de la Nouvelle-Calédonie et de l’Outre-mer sera en discussion le 18 novembre. Donc c’est l’occasion pour nous de donner des pistes par rapport au PLF (projet de loi de finances) qui va être voté ». À ce titre, Alcide Ponga rappelle que « le budget 2026 est à risque si on ne trouve pas de solution pour pouvoir combler le déficit qui est aussi issu de la non-reprise économique face à une situation politique qui peine à avancer ». Et de s’attarder sur la baisse de rendement fiscal : « On avait fait un budget en 2025 de moins 40 milliards à peu près par rapport à 2023. On se rend compte qu’à la fin, on est plûtot à moins 50 milliards. Et la question qui se pose, conclut-il, c’est comment on fait ensemble pour 2026 ? »

Veylma Falaeo : « Elle était notamment là pour entendre les besoins »

Après Alcide Ponga, Naïma Moutchou s’est rendue au Congrès de la Nouvelle-Calédonie où elle a rencontré Veylma Falaeo, présidente de l’institution. À l’issue de cet entretien qu’elle qualifie de « franc », la présidente du boulevard Vauban a dressé le bilan des échanges autour de trois axes : le projet de loi de finances (PLF) 2026, le projet de loi constitutionnelle (PJLC) sur l’avenir institutionnel, et les chantiers prioritaires du Congrès en matière d’évaluation des politiques publiques et de démocratie participative. La ministre déléguée a réaffirmé la volonté de l’État d’accompagner la Nouvelle-Calédonie dans un contexte économique difficile, tout en précisant que les arbitrages budgétaires relatifs au PLF étaient encore en cours. « Elle était notamment là pour entendre les besoins que nous avons au pays », a souligné Veylma Falaeo. Selon la présidente du Congrès, Naïma Moutchou « a bien conscience que notre situation, notamment budgétaire, est catastrophique et elle compte bien nous y aider ». Aucune mesure concrète n’a toutefois été annoncée pour l’instant. Des discussions doivent se poursuivre avec les acteurs économiques afin d’envisager d’éventuelles aides. « Pas de montant avancé pour l’instant », a-t-elle précisé. Sur le volet constitutionnel, Veylma Falaeo a souhaité savoir si le Congrès serait consulté dans l’avancement du projet de loi. « La ministre n’était pas du tout fermée à cette question », a-t-elle rapporté. Elle a conclu en rappelant la responsabilité des élus locaux : « L’État est là pour accompagner la Nouvelle-Calédonie, mais nous devons, nous les élus du Congrès, prendre aussi les mesures nécessaires, et là je parle des réformes. »

Sonia Backes : « Il n’est pas question de nouvelles concessions »

La ministre des Outre-mer s’est ensuite entretenue avec la présidente de la province Sud, Sonia Backes. Sur le plan politique, Sonia Backes a rappelé l’ouverture de son camp à la discussion avec le FLNKS, tout en rappelant à la ministre que « beaucoup de concessions ont déjà été faites par le camp non indépendantiste qui, lui, a fait le travail auprès de sa base pour faire accepter un accord, et donc qu’il n’est pas question aujourd’hui de nouvelles concessions alors que le FLNKS ne joue le jeu d’aucun accord. » Sur le volet économique, la présidente de la province Sud a évoqué « un consensus de l’ensemble des forces politiques quant au sentiment de maltraitance par Bercy ». Selon elle, « l’État parle toujours de donner à condition que la Nouvelle-Calédonie se réforme, mais ces réformes sont impossibles dans une situation où l’on a perdu 30 % de l’emploi salarié à fin 2024, où l’on n’a pas assez de cotisants retraites, pas assez de cotisants CAFAT… », a-t-elle détaillé. Pour elle, la priorité est claire, « il faut redonner du travail aux Calédoniens » et pour cela, il y a besoin « d’investissement et d’aides aux entreprises. » Sonia Backes a notamment plaidé pour un dispositif associant BPI France et la province Sud afin de proposer des avances remboursables aux entreprises calédoniennes en manque de trésorerie, ainsi qu’un soutien accru aux grands travaux, tels que « le viaduc du Mont-Dore, la traversée Koutio-Ducos, la rénovation d’un certain nombre de collèges… Des projets qui, s’ils étaient soutenus par l’État, redonneraient du travail aux Calédoniens rapidement ». La ministre, dit-elle, « a écouté » et « fera des annonces d’ici la fin de la semaine ».

Sonia Lagarde : « C’est quelqu’un qui est très à l’écoute »

En fin d’après-midi, la ministre déléguée chargée des Outre-mer a échangé avec la maire de Nouméa, Sonia Lagarde. Un échange que l’édile qualifie d’« extrêmement constructif », marqué par une écoute attentive et la volonté de répondre aux préoccupations des communes. « C’est quelqu’un qui est très à l’écoute, qui a bien intégré notre problème, celui du lien », a souligné la maire. Plusieurs sujets majeurs ont été abordés : l’urbanisme, les futurs contrats entre l’État et les collectivités, ainsi que la question du financement communal. Sonia Lagarde a notamment insisté sur le fameux « effet cliquet », un mécanisme qui freine la progression des dotations aux communes. « Il y a de moins en moins d’argent. Alors ce n’est pas le moment d’en réclamer puisque la France est aussi dans une situation compliquée, mais le rétablissement d’une situation qu’on espère tous pour la Nouvelle-Calédonie appelle à revoir un certain nombre de choses », a-t-elle estimé. La maire plaide pour une révision du financement des collectivités : « Cet effet cliquet correspond au financement des communes, qui est aujourd’hui entre 16 et 18, et que moi personnellement j’aimerais bien voir augmenter entre 18 et 20. » Une hausse qui permettrait selon elle « de faire les investissements souhaités, au service de l’intérêt général ». Sonia Lagarde salue enfin une ministre « animée par un souci de bien faire et à la recherche de ce consensus qu’on espère tous voir demain, pour vivre en paix ici ». Un nouveau rendez-vous est prévu vendredi avec les 33 maires du territoire pour poursuivre ces échanges.

Béryl Ziegler et Claire Rio-Pennuen

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