Plus de trente ans après la première grande étude sur le diabète, cette maladie dont 95% des cas sont dus à des facteurs d’hérédité et de surpoids causant un excès de sucre dans le sang, la Nouvelle-Calédonie se trouve face à une double réalité : une maladie mieux dépistée qu’ailleurs, mais un système de soins fragilisé et une progression continue de l’obésité. Analyse avec les acteurs de terrain d’un enjeu de santé publique majeur
Le diabète figure parmi les maladies chroniques les plus répandues dans le monde. En Nouvelle-Calédonie, il est étudié depuis 1993 grâce à l’étude CALDIA menée par l’INSERM. Cette enquête révélait alors une prévalence, c’est-à-dire une proportion de personnes réellement atteintes de cette maladie, de 9 % chez l’adulte. En 2021, les données du Baromètre Santé Adultes (BSA) recueillies par l’Agence sanitaire et sociale (ASS) dressent un constat contrasté : la prévalence a progressé pour atteindre 11 %, mais cette augmentation demeure faible comparée à de nombreux pays où la proportion de diabétiques s’est fortement accrue sur la même période. Pour le docteur Dominique Mégraoua, médecin à l’ASS, ce résultat est le fruit d’une politique proactive : « Le diabète a été jugulé sur le territoire. Partout ailleurs, il a doublé. » L’une des clefs de cette relative réussite réside dans la prévention. Un dépistage massif a été mené depuis trois décennies. Alors qu’en 1993 près de 75 % des diabétiques ignoraient leur maladie, ce chiffre a chuté à 18 % en 2021. Cette performance place la Nouvelle-Calédonie au premier rang mondial en matière de détection de la maladie.
Au 31 décembre 2024, 16 307 personnes étaient suivies pour leur diabète, ce qui en fait la première affection de longue durée enregistrée par la CAFAT. Si l’on tient compte des cas non encore diagnostiqués, estimés à 18 % des diabétiques, il faut ajouter à ce chiffre environ 3 800 personnes toujours dans l’ignorance de leur maladie. Le profil des patients met en évidence des inégalités fortes. Les femmes, en lien direct avec l’obésité abdominale, sont proportionnellement plus touchées (14 % contre 8 % pour les hommes). L’âge joue également un rôle majeur : le diabète de type 2, qui représente 95 % des cas, survient le plus souvent après 40 ans et reste longtemps silencieux. Comme le souligne le docteur Mégraoua : « C’est une maladie asymptomatique pendant dix ans. Les gens ne s’en aperçoivent pas car, hors complications, elle ne fait pas mal. » Connectez vous pour y accéder !Ce contenu est réservé aux abonnés.
Légende photo : Le diabète demeure un véritable enjeu sur le territoire.
Ide de La Rochebrochard



