Avec Australiana, Éléonore Lainé Forest et Robin Canac invitent le public dans une Australie méconnue, à travers une pièce musicale qui mêle poésie, engagement et réalisme magique.
L’Australie, si proche. Cette terre voisine que nombre de Calédoniens et de Calédoniennes ont foulée. Mais le plus souvent sur la côte Est, de Brisbane à Melbourne. Éléonore Lainé Forest, franco-australienne, voulait faire découvrir « cette Australie que l’on ne voit pas trop et qui a tellement de points communs avec la Nouvelle-Calédonie. » Mais aussi sortir des clichés. Montrer son Australie. Et comme Éléonore Lainé Forest a le théâtre dans le sang, et qu’elle a un faible pour les comédies musicales des années 1950, le choix du format de la pièce musicale s’est imposé. D’autant qu’avec son acolyte Robin Canac, elle avait déjà monté Play it Again, Sam en 2023. « On monterait n’importe quel spectacle, il serait en musique, assure Robin Canac. La musique peut exprimer plein de choses qui ne sont pas forcément exprimables avec des mots, elle sublime des scènes, des dialogues. On adore que la musique fasse 100 % partie du spectacle. » Ainsi, Australiana est un spectacle musical avec les musiciens sur scène, faisant intégralement partie du show. Si la référence à la comédie musicale est évidente, Éléonore prévient : point de paillettes à la High School Musical. « Dans Australiana, nous proposons un discours positif, mais qui parle en filigrane de choses essentielles et sérieuses : la femme, l’écologie… »

« Flirt avec le merveilleux »
À Providence, petite ville imaginaire du bush, Nora (Maïlys Dumoulin), adolescente, tente de se libérer du poids des conventions et des codes imposés par sa mère Beckie (Éléonore Lainé Forest) et par la société, si pressante dans ces petites villes. « Elle veut faire plaisir à sa maman, mais elle veut également affronter la réalité et grandir », complète la metteuse en scène. S’ajoute Kate (Sam Kagy), tante de Nora, qui revient à Providence après 25 ans d’absence. « Elle porte un lourd secret qui fait écho à ce que vit Nora. Beckie est dans le déni, mais elle va devoir ouvrir les yeux. » Pour l’aider dans ce voyage : Kramer (Vincent Kerriguy), un voisin sans-gêne mais bienveillant. Ce personnage oscille entre acteur de la pièce et narrateur extérieur, et rejoint ainsi dans ce rôle les fées de la Rainforest (Atea Than-Trong, Mathilde Grelier et Victoire Verrando). Ces trois personnages interviennent à l’image d’un chœur grec, récitant des extraits de textes d’auteures australiennes. « J’avais vraiment envie de faire découvrir une partie de l’Australie que l’on ne connaît pas vraiment, mais aussi de faire découvrir une littérature australienne méconnue. Montrer qu’il y a une culture, une littérature à part entière et incroyable, qui utilise beaucoup de réalisme magique. Beaucoup de jeunes auteures issues du métissage racontent l’Australie en y intégrant un côté mystérieux et surnaturel, tout ce que l’on ne maîtrise pas », détaille Éléonore Lainé Forest, également maîtresse de conférences en littératures anglophones à l’université de la Nouvelle-Calédonie. « On flirte avec le merveilleux », complète Robin Canac.

Artistes australiens réinventés
« On parle de choses sérieuses, mais on le fait avec de la poésie. La culture aide à panser les plaies, elle nous rappelle que l’on peut avancer autrement », poursuit la metteuse en scène. Avec de la poésie, mais aussi de la musique. Sur les planches, la musique n’est pas un simple accompagnement : elle est au cœur de l’histoire. Robin Canac signe les arrangements. Aux côtés de trois musiciens (Paul Dubois, Johan Cazalas et Jean-Denis Villette), il propose des réinterprétations intimistes de grands noms australiens : Kylie Minogue revisitée en folk, les accents sombres de Nick Cave, la profondeur d’Archie Roach ou encore l’énergie de Midnight Oil. Le titre Australiana fait référence au style Americana, cette veine country-folk américaine, mais déclinée ici à la sauce australienne. Un choix esthétique qui plonge le public dans une ambiance à la fois chaleureuse et mélancolique, en accord avec les thématiques de la pièce : adolescence, condition des femmes, écologie, mais aussi multiculturalisme et mémoire.
Infos pratiques
La pièce musicale Australiana est jouée sur la scène du Théâtre de l’île samedi 20 et dimanche 21 septembre à 18h. Tarifs : de 1 800 à 2 800 francs. A voir en famille à partir de 9 ans. Réservations sur tickets.nc.
Aurélia Dumté



