Jimmy N. a été condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis probatoire, pour avoir renversé et tué son oncle à Houaïlou en juin dernier.
Le 15 juin, à Houaïlou, une fête attire de nombreux participants. L’alcool circule en abondance et l’ambiance devient de plus en plus agitée au fil des heures. Vers minuit, les pompiers sont appelés : une voiture s’est retournée sur la chaussée, un attroupement s’est formé et des pierres sont lancées sur les secouristes. Derrière le volant, Jimmy N., 31 ans, ivre et sans permis de conduire, a percuté son oncle Étienne B., âgé de 36 ans, qui tentait de faire ralentir le véhicule en agitant les bras sur la route. La victime est décédée sur le coup. Lors des dépositions, lues par la présidente du tribunal, plusieurs témoins décrivent une consommation massive d’alcool. Un premier explique que l’accusé titubait mais qu’il « pouvait encore avoir une conversation ». Un second raconte que Jimmy N. avait « bu beaucoup, il était dans un délire à cause de l’alcool, comme beaucoup de mecs ». Plus tôt dans la soirée, il avait déjà envoyé sa voiture dans le fossé avant de reprendre la route.
« Je vais vivre comme un meurtrier »
À la barre, l’accusé ne cherche pas à fuir ses responsabilités. « Je me suis disputé avec ma concubine puis je suis parti la chercher je ne l’ai pas trouvée, je comptais poursuivre la soirée. J’ai fait des zigzags sur la route. J’étais perdu avec l’alcool, j’ai repris mes esprits quand j’ai shooté le tonton », explique-t-il, d’une voix basse. Il dit avoir freiné pour s’approcher de son oncle, mais s’être retrouvé encerclé : « J’ai voulu voir le tonton mais tous les gens de la fête sont venus pour essayer de me taper. » Le lendemain, il se présente de lui-même aux gendarmes. « Je reconnais les faits et je regrette ce qu’il s’est passé, je vais vivre comme un meurtrier avec sa mort sur les épaules. » L’étude médicale a estimé la vitesse de la voiture entre 60 et 70 km/h. Mais l’alcoolisation massive et l’absence de permis rendent la scène dramatique. Son casier judiciaire est déjà marqué par plusieurs condamnations : vols, rébellion, violences conjugales, et conduite sans permis en 2017. Sans emploi depuis les émeutes de mai 2024, il explique avoir tenté d’obtenir le permis deux ans auparavant, sans succès, faute de moyens pour le repasser. Pourtant, il conduisait régulièrement, notamment pour amener son fils à l’école.
Les familles face au drame
La mort d’Étienne B. laisse une famille en deuil. Âgé de 36 ans, il était père d’un petit garçon de cinq ans et vivait en concubinage. Habitué à la chasse et à la pêche, il contribuait à nourrir le clan et représentait une force de travail au quotidien. « Tout un clan est touché par ce drame. Son fils va devoir grandir sans son père. Sa concubine ne pourra pas compter sur la présence du père », insiste Maître Mazzoli, avocat de la partie civile. Le père de la victime, âgé de 86 ans, ainsi que ses sœurs, figurent également parmi les proches affectés. La demande d’indemnisation s’appuie sur la perte de revenus et sur le préjudice d’affection. La procureure a insisté sur l’accumulation d’imprudences : absence de permis, alcoolisation importante, vitesse excessive. « C’est toujours compliqué pour des infractions involontaires, mais là c’était hautement prévisible. Il y a tellement d’imprudences commises par monsieur N. », déclare-t-elle. Elle a requis quatre ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis probatoire, avec obligations de soins, de travail, de réparation et le passage du permis.
En défense, Maître Joannopoulos a rappelé le contexte plus large : la soirée était organisée dans un nakamal sans licence d’alcool, qui vendait jusqu’à l’aube. « Il y a des imprudences dans cette organisation de soirée. Dommage qu’on n’ait pas profité de cette procédure pour enquêter sur ces illégalités », a-t-elle souligné. Selon elle, il ne faut pas condamner l’accusé pour l’ensemble des dérives liées à l’alcool en Nouvelle-Calédonie, mais seulement pour ses propres actes. Elle a aussi insisté sur la nécessité de préserver le lien entre Jimmy N. et son fils et précise qu’il a déjà engagé un suivi psychologique et adressé au greffe pénitentiaire une démarche de réparation financière pour la famille. L’accusé, en concubinage depuis quatorze ans, a confié qu’il ne buvait plus depuis la naissance de son enfant, sauf « pendant la fête ». Le tribunal a suivi les réquisitions : quatre ans de prison dont deux avec sursis probatoire, maintien en détention, avec pour obligations de travailler, de se soigner, de réparer le préjudice et de s’inscrire au permis de conduire. La gravité des faits et la répétition des imprudences ont pesé lourd.
Claire Rio-Pennuen



