Mon général, si l’envie vous prenait ces prochains jours de faire un petit saut en France, je ne puis que vous conseiller de repousser votre balade. Vous verriez dans quel état ils ont laissé les institutions que vous aviez mises en place et qui faisaient de la Ve République, l’un des plus stables régimes au monde. Vous en seriez dépité et contrit. Figurez-vous que le régime des partis que vous abhorriez a fait un éclatant et malheureux retour en force, fragilisant l’ensemble et plongeant le pays, votre cher et vieux pays, dans des affres insondables et des tourments moraux et politiques dont nous semblons ne jamais nous extirper. Si ce n’est pas malheureux ! Vous avez certainement froncé du sourcil à la réduction du mandat présidentiel à cinq ans, le premier clou enfoncé. L’effondrement en 2017 de la gauche et de la droite a laissé la porte grande ouverte aux extrêmes qui, depuis, font la pluie et le beau temps. Quant à l’Assemblée, elle est parsemée d’olibrius qui ont fait des séances un spectacle bien souvent désagréable à voir. Alors aujourd’hui, ces Françaises et ces Français, dont vous étiez la conscience éclairée, se détournent d’une classe politique bien souvent aussi arrogante qu’elle est déculturée. Par deux fois vous avez été l’homme providentiel qui a libéré notre pays et lui a redonné sa stature, une race de politiques dont nous manquons singulièrement quand les périls nous encerclent. Chez nous ça gronde, mon général, autant que ça se désespère. Aussi, de là d’où vous nous observez, pensez à nous.
Nicolas Vignoles




