Les faits, ultra-violents et gratuits, le 11 juin à Kaméré ? L’attitude déconcertante des prévenus, deux mois plus tard à l’audience ? Le coup de gueule mémorable de la maman, molestée ? Difficile de savoir par où commencer.
Débutons par Richard Dutot, particulièrement inspiré mardi lors de ses réquisitions, sous le regard d’un avocat de la partie civile, Me Stéphane Bonomo, souriant d’admiration devant tant de culture et d’imagination. L’Homme serait capable de tout, car son cœur est « rempli d’ordures ». Le substitut du procureur précise que ce constat, choisi en introduction, vient de Blaise Pascal.
« Gérer » sous pression
« Quand l’alcool débride la colère », cela donne cette « averse de coups », ce « déferlement », cette « cascade de violences » du 11 juin dernier. Un « embrouillamini ». Ce mercredi-là, vers 18 h, « aux yeux des prévenus la fin justifie les moyens » et « on est prêt à donner du bourre-pif » à toute une famille, qui n’avait rien demandé. « C’est moche », déplore la voix du parquet. Selon les protagonistes et des témoins, cela a duré au moins « deux minutes ». Bref ? Au contraire, « c’est quasiment le temps d’un round sur un ring de boxe. C’est très, très, très long », souligne le représentant du ministère public. Sans l’intervention d’un homme jouant à la pétanque à proximité, « cela aurait pu durer plusieurs minutes de plus, et là je pense que les victimes auraient eu du mal à retrouver leur souffle ». Tout cela, « ce sont des faits gravissimes » commis par « ces jeunes » qui « ont le vin mauvais ». Lors de son interpellation après ce pugilat, l’un des deux prévenus avait 1,84 gramme d’alcool par litre de sang. Un taux important mais pas étonnant quand il est raconté ce qu’ils ont consommé durant les heures précédentes, dans la rue : trois bouteilles d’alcool fort bues pur. Pastis, vodka…
Ce jour-là, à la tombée de la nuit, cinq jeunes (dont une fille) déambulent. Au moins deux garçons s’arrêtent devant un duo de filles, assises et en train de discuter. L’une est enceinte de sept mois et cela se voit : elle sera épargnée. Son amie, adolescente de 16 ans, est immédiatement ciblée. On lui demande, sans lui laisser le temps de choisir sa réponse, de « gérer » son téléphone. Comprendre : le prêter, voire le donner. Vu le ton agressif de ces individus, ivres, qu’elle connaît seulement de vue, elle refuse. Elle est fouillée, puis frappée d’un coup de poing à l’œil droit. Elle parvient à conserver son téléphone et à s’enfuir vers son logement, tout proche. Elle crie, appelle à l’aide son père, monte, lui explique ce qu’il vient de se passer. Il descend, à mains nues, demande aux jeunes des explications, leur dit de « ne pas faire ça », que « ça ne se fait pas » d’agir de la sorte « entre nous dans le quartier ».
Malheureusement, « comme ils étaient trop saouls, ils n’arrivaient pas à comprendre ». Le père de famille ne parvient pas à les raisonner, à les calmer et « à les contrôler », au contraire : il se fait balayer par derrière, tombe et voit trois jeunes hommes fondre sur lui, ne lui laissant aucune chance. Coups de poing, coups de pied, gros cailloux lancés… Sa fille, redescendue et le suivant à distance, est elle aussi projetée au sol et cognée : elle encaisse des coups de pied dans la tête et dans les côtes. « Je voyais ma famille se faire frapper » et « je ne pouvais rien faire », raconte le père, à la barre du tribunal. L’adolescente finira par se relever pour aller s’allonger dans un parking plus loin, en attendant les secours. Entendant le vacarme, la maman arrive à leur secours, hurle, cherche à les défendre, mais à son tour elle subit la foudre : on lui tire les cheveux, la frappe…
Au terme de ce grand n’importe quoi dans une rue de Kaméré un jour de semaine à une heure peu tardive, l’un des jeunes repart finalement avec ce qu’il convoitait depuis le début : un téléphone. Pas celui de la fille mais celui du père, volé au cours de la rixe. L’objet n’a jamais été retrouvé. Le malheureux a aussi perdu ses lunettes, tombées et piétinées.
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Anthony Fillet




