Danse sur une table, claque sur les fesses et mains sur les seins, puis pression collective pour faire taire la victime, ensuite frappée : étonnante histoire que celle jugée il y a quelques jours au tribunal correctionnel de Nouméa. Les faits se sont produits en 2023 au sein de la gendarmerie de Dumbéa. Ce gradé, suspendu de ses fonctions et renvoyé en Métropole, risquait gros.
Il a l’âge de son père, qu’elle n’a que trop peu connu. Alors elle le surnommait « papou », parfois « papounet ». C’était son supérieur, haut placé dans la gestion des enquêtes. Elle l’appréciait, c’était réciproque. Elle le respectait, il fantasmait. Jusqu’à ce que les blagues et les demandes tendancieuses de ce gradé frôlent le harcèlement et basculent vers des attouchements.
Né à Toulon il y a cinquante ans, le prévenu était marié au moment des faits. Aux dernières nouvelles, il l’est toujours. Sa femme a été entendue pendant l’enquête. Elle a fait bloc avec lui, avançant qu’elle ne le voit pas avoir agi ainsi. S’appuyant évidemment sur son récit à lui, elle affirme que non, il n’a pas dragué cette jeune collègue, il a juste plaisanté avec elle. Celle-ci n’aurait juste pas compris que c’était sur le ton de la blague. « Mon mari et son humour de m… », résume sa compagne.
Ce gendarme ne serait donc pas méchant, simplement pas aussi marrant qu’il se pense l’être. Rien de plus, selon sa femme. Certains collègues et proches de ceux-ci ont, semble-t-il, eu la même lecture de la situation, puisqu’une fois la plainte déposée, la victime s’est, dit-elle, retrouvée moins intégrée qu’auparavant au sein de ce cercle de gendarmes, principalement dans les moments hors du travail. Cela serait allé loin : elle confie avoir, dans un parc pour enfants, été agressée physiquement par la femme d’un militaire, apparemment désireuse que la plaignante se taise. On lui en a voulu, poursuit-elle, principalement parce que ce gradé, ainsi dénoncé, a plongé mentalement à partir du moment où il a été entendu pour ces faits retentissants. Sa femme s’est inquiétée pour lui, secondée par des collègues. Le gendarme a été hospitalisé et suivi par un psychiatre.
Quand l’affaire a éclaté, la plaignante, elle non plus, n’était pas au meilleur de sa forme. La hiérarchie a suivi la procédure normale après un tel signalement, mais dans le même temps certains collègues ne l’auraient pas crue ou n’auraient pas voulu la croire, « car monsieur, il a vingt ans de carrière » et de meilleures appréciations. « Tout le monde l’aimait bien. » Et puis, « il était arrivé avant elle ».
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Anthony Fillet



