Un homme ayant perdu une jambe puis la vie. Un autre qui a fini par dormir dans une cabane. Et une femme, schizophrène, sous curatelle renforcée. Les deux premiers ont abusé sexuellement de la troisième, de nuit, dans un foyer spécialisé alors qu’elle dormait, assommée par son traitement médical. Le dossier a été jugé vendredi matin à Nouméa, huit ans après les faits. Au cours de débats aux mots parfois crus, devant des lycéens venus assister à l’audience, la notion de consentement.
Réveil difficile. La nuit aurait-elle été agitée ? Indice : un préservatif, usagé, posé à côté de son oreiller. Autre élément troublant : cette femme, déambulant ce matin-là dans l’établissement, est nue, sa taille couverte par une simple serviette. Une infirmière s’en inquiète. La patiente se confie plus tard à un médecin : elle aurait subi des relations sexuelles non consenties. Par deux hommes. L’un après l’autre. Le signalement remonte au parquet. L’enquête commence. Que s’est-il passé au cours de cette nuit de début août 2017, dans ce foyer à Koumac ? Il ressort de l’instruction que deux individus, entretenant des liens forts, ont consommé alcool et stupéfiants durant une large partie de la journée avant de partir, aux alentours de 22 h, en direction de cet établissement accueillant des personnes vulnérables. Ils seraient restés sur place durant deux heures, seraient ensuite repartis aussi discrètement qu’ils sont venus, sans se dénoncer les jours suivants, quand bien même le prévenu prétend avoir vite été pris de remords. C’est le plus âgé des deux, malade (il sera, plus tard, amputé d’une jambe) et depuis décédé (un suicide après que son complice soit sorti de détention provisoire), qui serait à l’origine de l’action, assure le survivant. Le premier aurait été si insistant que le second aurait fini par suivre. La raison de ce déplacement nocturne : que le premier aille voir une fille travaillant dans l’établissement et avec laquelle il aurait échangé de nombreux messages. Le second attend dehors. En réalité, ce n’est pas cette fille que le premier voit cette nuit-là, mais une autre, pensionnaire du foyer et diagnostiquée schizophrène. Le premier serait monté dans la chambre de madame, lui aurait demandé de se déshabiller, avant d’avoir une relation sexuelle. Puis il serait descendu chercher son ami, insistant pour que celui-ci monte à son tour pour en faire de même, lui assurant que la femme en question est d’accord. Au tribunal, le prévenu explique avoir hésité, avant d’accepter. À son arrivée, elle était nue sous un drap, ne bougeait pas, ne disait rien. Essayant d’avoir un rapport sexuel avec elle, il a connu un problème d’érection avec le préservatif, a poursuivi son action à l’aide de ses doigts. Son complice l’aurait un temps écarté, pour lui montrer comment s’y prendre, avant de le laisser seul avec la malheureuse. Le second a fini par sortir à son tour. Face aux nombreuses questions du président, le prévenu a quelque peu fait évoluer sa version des faits : assurant n’avoir jamais vu cette femme auparavant, il a fini par reconnaître l’avoir déjà croisée dans le village.
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Anthony Fillet



