C’est une tragédie qui est en train de se dessiner. La biodiversité calédonienne dont nous sommes si fiers et qui est si souvent mise en avant, est sous le coup d’une menace réelle de disparition.
Le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) viennent de rendre publique la Liste rouge des espèces menacées en France. Un focus a été porté sur la faune et la flore calédonienne, enquête menée par Endemia. Selon les résultats de cette enquête, et alors que plus de 75% de la flore et plus de 90% des lézards de Nouvelle-Calédonie n’existent nulle part ailleurs au monde, 66 % de nos lézards et 40 % de notre flore sont menacés.
« Reconnu pour la richesse et l’originalité de son patrimoine naturel, l’archipel néo-calédonien héberge une biodiversité remarquable confrontée à de nombreuses menaces », explique le communiqué. L’objectif de la liste rouge, « c’est d’arriver à évaluer 100 % de la flore de Nouvelle-Calédonie », explique Aurélie Fourdrain, coordonnatrice de l’autorité liste rouge, et d’ajouter « en dix ans, on en a évalué près de 70% ». Un objectif ambitieux donc, et qui prend du temps, à cause principalement d’un manque d’information sur les espèces restant à analyser, et de la découverte régulière de nouvelles espèces. « Rien que sur la flore, on a 3500 espèces de plantes endémiques en Nouvelle-Calédonie. Donc c’est un énorme travail que nous n’avons pas encore achevé », témoigne-t-elle.
Le premier volet d’une longue liste
Depuis 2014 les experts de la liste rouge ont déjà menés 73 ateliers de travail sur le sujet. « Nous animons un réseau d’experts locaux et internationaux que l’on peut aller interroger », indique la directrice d’Endemia. Des experts allant des « naturalistes passionnés », reconnus pour leur expertise, aux scientifiques de l’IRD. « Nous sommes chargés de réunir les experts en atelier pour faire tout le travail d’évaluation. Et enfin, il y a la phase de vérification et d’envoi à l’UICN […] Donc là, ce qui vient d’être publié, c’est le premier volet qui donne les résultats des évaluations de 2014-2022 », déclare Aurélie Fourdrain. Les trois menaces principales de ces espèces sont les incendies, causés dans 90% des cas par la main humaine, mais qui s’accentue aussi avec le réchauffement climatique. Puis viennent les mines et les espèces exotiques envahissantes. « Pour la flore, ça va beaucoup être les cerfs et les cochons. Et pour les lézards, ça va surtout être les fourmis électriques et les chats retournés à l’état sauvage », précise la spécialiste. Pour Endemia, le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’Office français de la biodiversité et le Muséum national d’Histoire naturelle, « afin de ne pas voir disparaître à l’avenir des espèces remarquables et souvent uniques au monde, le bilan souligne l’importance de mettre en place des actions de conservation ciblées, de renforcer la préservation des milieux naturels et d’accentuer la lutte contre les pressions ».
La liste rouge de Nouvelle-Calédonie
L’association Endémia a été créée en 2001 par des passionnés qui souhaitaient, par le biais d’un site internet, faire connaître la flore endémique, mettre à disposition du grand public leurs photos. Puis en 2014, la Nouvelle-Calédonie a mis en place la Liste rouge des espèces menacées de Nouvelle-Calédonie, en collaboration avec l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), afin d’évaluer le statut de conservation des espèces endémiques du territoire, et de dresser un inventaire des espèces menacées pour mieux orienter les actions de conservation et de protection de la faune et de la flore locales.
Lucile Chaurand



