Le politiquement correct a pris une telle place dans notre société, qu’à bien regarder les choses, on ne dit plus rien. Au XXe siècle, une personne qui ne voyait pas était aveugle et non déficiente visuelle. Une personne que n’entendait pas était sourde et non mal entendante. Une personne qui n’avait pas la lumière à tous les étages était folle et non déficiente mentale. Et l’on peut se demander pourquoi essayer de rendre plus agréable quelque chose qui ne l’est pas. Avant, on faisait face à une situation et on essayait de la résoudre le cas échéant. Aujourd’hui (ça fait toujours très chic en société), nous sommes résilients. Depuis quelques semaines, la Calédonie est confrontée à de très nombreux départs de feu, qui ont parfois, ce fut le cas il y a quelques jours à Dumbéa, des conséquences dramatiques pour qui voit sa maison, ses biens et un morceau de sa vie réduit en cendres. Et lorsque l’on parle de départ de feu en Nouvelle-Calédonie, on nous ressort à chaque fois le fameux « écobuage mal contrôlé ». Ce terme finit par être insupportable, car il semble minimiser une action grave, celle de mettre le feu de manière volontaire. Or, mettre le feu volontairement à quelque chose est un délit et qu’un délit peut être (doit être) puni par la Loi. La semaine dernière ce n’est pas un écobuage mal contrôlé qui a mis des familles entières dans la peine, c’est l’acte de criminels en puissance qui ont semé le chaos. Et si nous remettions un peu d’ordre dans tout cela en appelant un chat un chat ?
Lionel Sabot


