Depuis quelques semaines, force est de constater que la situation en Nouvelle-Calédonie s’est grandement améliorée et c’est une excellente nouvelle. Une amélioration qui nous pousse à nous dire qu’il y a « un retour progressif à la normale ». Mais on peut aussi s’interroger sur ce qu’est la « normalité ». En ouvrant un dictionnaire, on constate que le mot normal signifie : « qui est conforme à la moyenne, qui sert de référence », ou encore « ordinaire, habituel, logique, naturel ». Si le retour à la normale semble s’installer au fil des jours et des semaines, cela signifie que nous acceptons, puisque nous sommes tous très résilients (autre mot à la mode en ce moment), que mettre un rappel sur notre téléphone lorsque l’on va dîner chez des amis pour être certain d’être à la maison à 22 h pour respecter le couvre-feu est logique. Que traverser la tribu de Saint-Louis en convoi, escorté par la gendarmerie, avec des Centaures à chaque intersection, sert de référence. Que de devoir presque établir un calendrier pour prévoir l’achat d’une bouteille d’alcool est naturel. Que d’arriver dans un aéroport de La Tontouta totalement vide, et entouré de barbelés, est habituel. Nos références, nos habitudes, notre ordinaire ont été bouleversés après le 13 mai. Ce qui pouvait nous paraître totalement incongru, voire totalement lunaire avant la mi-mai 2024, est aujourd’hui totalement normal. Il y a encore une définition au mot normal dans le dictionnaire : « qui ne souffre d’aucun trouble pathologique ». La Calédonie est bien malade depuis le 13 mai, on est donc bien loin d’avoir de nouveau une vie normale.
Lionel Sabot



