Dans la matinée du samedi 31 août, Virigine Ruffenach et Laura Vendegou, venues en tant qu’élues à la province Sud, étaient à l’île des Pins. Cela s’était mal terminé, les deux femmes étant prises à partie verbalement par un petit groupe d’individus. Dans l’action, un véhicule de la gendarmerie a été touché par un cocktail molotov. Ce dernier n’a pas pris feu lors de l’impact : heureusement, résume un militaire, qui raconte dans sa déposition que si l’engin (fait avec une bouteille de vin vide, de l’essence et du tissu) avait explosé, lui et ses collègues, ainsi que les élues, étaient en danger étant donné que la vitre du véhicule était ouverte… Jugés vendredi après-midi en comparution immédiate (après un premier délai pour préparer leur défense), deux hommes, 22 et 31 ans, ont été amenés à s’expliquer : seul le plus âgé (qui avait été placé en détention provisoire) s’est exprimé, le plus jeune (sous contrôle judiciaire) laissant son avocat parler pour lui.
Durant une plaidoirie de près d’une demi-heure, il a expliqué que les prévenus n’avaient rien contre Laura Vendegou (arrivée la veille, elle n’avait pas eu de souci avant l’arrivée, en hélicoptère, de sa collègue), qu’ils étaient seulement énervés contre Virigine Ruffenach. Et selon Me Thomas Gruet, leur colère (pas leur violence) était légitime car l’élue « ne cesse de manifester », à travers ses prises de position publiques, du « mépris » envers les pro-indépendance. L’avocat exhume une publication Facebook du 13 juin, dans laquelle la vice-présidente du Congrès compare la Kanaky à Walking Dead (une série télévisée à base de zombies). Une « violence », d’après l’avocat.
« Vraiment peur »
Représentant le ministère public, Lucie Delage, substitut du procureur, n’est pas d’accord avec cette tentative de justification, réclamant deux ans de prison ferme contre le plus âgé, présenté comme « le meneur », et un avec sursis contre le plus jeune, sachant que la personne ayant lancé le cocktail molotov serait un troisième individu, mineur. Présente à l’audience, Laura Vendegou a témoigné que « c’était assez stressant », que « ça faisait vraiment peur de se retrouver dans cette situation, dans cette confrontation » face à des personnes avec lesquelles « il ne pouvait pas y avoir de discussions » car elles refusaient la tentative de dialogue amorcée par Virigine Ruffenach. Après délibération, le tribunal a condamné le plus jeune à quatre mois avec sursis . Et le plus âgé à huit mois ferme (plus une révocation d’un ancien sursis de quatre mois), à effectuer sous bracelet électronique. Les deux hommes, inconnu de la justice pour l’un et peu connu pour l’autre, ont été reconnus coupables uniquement des insultes et menaces contre Virigine Ruffenach, à qui ils devront verser un franc symbolique.
Anthony Fillet



