Loin de nous l’idée de vouloir critiquer les décisions prises par le Haut-commissariat au sujet de la réouverture de la route de Saint-Louis, samedi. Encore plus loin de nous la tentation d’inverser les rôles : ce qu’il s’est passé, avec un axe rendu aux automobilistes puis à nouveau fermé après un car-jacking survenu un peu avant 18 h, n’est pas de la faute des autorités, mais bien celle, évidemment, de ceux qui se permettent ce type de violence. Il n’empêche que le déroulé des faits a de quoi interroger. Vendredi, lors d’une vaste opération de déblaiement, des membres des forces de l’ordre ont été caillassés. Samedi matin, ce fut au tour d’une poignée d’automobilistes de subir le même sort. Des insultes étaient également signalées, ainsi que des filatures (un jeune sur un vélo s’y amusait). Plus tard, en fin d’après-midi, alors que notre véhicule venait d’être la cible d’une grosse pierre lancée par un (très) jeune, on s’est arrêté au verrou nord pour prévenir les gendarmes. On a été invité à déposer une plainte. Proposition acceptée. Selon nos informations, on n’était pas le premier : une personne à bord d’un petit camion aurait connu le même sort. Mais alors, pourquoi, après le signalement de ces faits, avec aussi la description de personnes traînant au bord de la chaussée, cailloux dans les mains, la route n’a pas été immédiatement fermée ? Cela aurait éviter à ce pauvre automobiliste, quelques minutes après notre mésaventure, le violent car-jacking qu’il a subi. On en vient à une question, personnelle mais née d’une observation sur le terrain : les automobilistes (ils n’étaient pas nombreux) qui se sont engouffrés sur cette route dangereuse (mais théoriquement sécurisée) samedi ont-il servi de cobayes ? L’expérimentation n’a pas été pleinement concluante.
Anthony Fillet



