Avant l’embrasement général, c’était déjà brûlant

Le matin du jeudi 9 mai, lendemain de la marche indépendantiste à l’Anse-Vata, et quatre jours avant le début de la crise insurrectionnelle, sept militants de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) ont bloqué, à deux endroits (sur et sous le pont), la route menant à la SLN, à Montravel. Ils ont été jugés mardi par le tribunal correctionnel de Nouméa, protégé pour l’occasion par un dispositif policier inhabituel.

Les heures sont précises et ont ici leur importance. 3 h 30 : arrivée du commanditaire présumé, Henri Juni. 4 h : il quitte les lieux. 4 h 21 : début de l’entrave à la circulation. 4 h 23 : arrivée d’un pick-up chargé de palettes, dont le conducteur, après avoir déposé sa cargaison, s’en va rapidement. 4h45 : retour d’Henri Juni, en provenance de Païta. C’est sa stratégie de défense : quand il est parti il n’y avait rien, et quand il est revenu la route était bloquée et enflammée. Il n’y serait donc pour rien, d’autant, assure-t-il, que le plan n’a jamais été celui-ci. Il était prévu que cela se passe dans le calme et le respect. Comment expliquer, alors, la présence de cette dizaine de militants cagoulés, à l’attitude hostile et pour certains avec des pierres à la main, dixit les policiers ? Pas de réponse. Henri Juni raconte que face à cette scène, observée à distance par les forces de l’ordre, il serait allé discuter avec le directeur de la Police nationale, venu aux nouvelles : ensemble, ils auraient convenu, selon le prévenu, qu’il serait plus sage d’arrêter cette manifestation, de se replier. Ce qui a été fait, en direction d’un squat. Des interpellations seraient intervenues à ce moment-là, d’autres auraient suivi.

Présentés devant la justice en comparution immédiate, les mis en cause avaient demandé, et obtenu, un délai pour préparer leur défense. Un délai, aussi, pour éviter d’être jugés en pleine période de tensions grandissantes. Placés sous contrôle judiciaire (avec interdiction de manifester et de porter une arme) depuis trois mois, ils l’ont respecté (hormis Marcel Toyon, ce qui lui a valu un passage par le Camp-Est), ils n’ont plus fait entendre parler d’eux. Leur jugement est finalement intervenu mardi. « Enlevez les mains de vos poches, ce sera plus chic », a entamé le président du tribunal.

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Anthony Fillet

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