On peut avoir été condamné vingt-huit fois sur les seize dernières années, être accusé d’avoir participé à un vol en réunion le 6 juin dans le dock du Secours Catholique à la Vallée-dur-Tir, et être relaxé, faute de preuves suffisantes.
Vendredi, au terme d’une audience correctionnelle dense, il est passé en dernier. Le meilleur pour la fin ? Il est, parmi la vingtaine de prévenus du jour, le seul à avoir été relaxé. Il est celui qui a parlé le plus (autant que tous les autres réunis). Il est aussi le plus tatoué (la moitié du visage). « Il cause une impression violente à ceux qui le regardent ou le croisent. » Le substitut du procureur se reprend. « En fait, on n’ose pas le regarder. » Cet homme de 43 ans, père de deux enfants (qui habitent avec leur mère), vivant dans un squat à Dumbéa, intérimaire dans le secteur du BTP, « c’est un meneur », expérimenté, qui « sème la terreur même dans son couple, dans sa famille » : « son casier est long comme un jour sans pain ». Aussi, en le voyant ce jour-là, « le gérant » du Secours Catholique a été « impressionné », poursuit le représentant du parquet, Richard Dutot.
L’avocate du prévenu (sorti de détention en octobre 2022) n’aime pas ce qu’elle entend, dénonce « un délit de faciès » contre ce « grand Kanak qui vient défendre les vieux, protéger le quartier ». Me Amandine Dalier Rossignol plaide la relaxe. Après délibération, le tribunal l’accordera à son client, « au bénéfice du doute », le condamnant toutefois à une amende de 30 000 francs (réduction de 20 % si c’est payé dans le mois) pour avoir porté une arme (une machette) alors qu’il en avait l’interdiction pendant cinq ans.
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Anthony Fillet



