Vivre sous tension et préparer l’avenir à Koutio

Ce jeudi matin, dans ce quartier vivant de Nouméa, nous avons recueilli les témoignages des habitants sur leur quotidien bouleversé par les récentes émeutes et sur leurs attentes face aux prochaines élections législatives. Voici leurs impressions.

Dans le parc de Koutio, Nathalie et Malia, deux cousines et aides-soignantes, expriment leur inquiétude. Malia travaille à la clinique Kuindo Magnin, tandis que Nathalie est employée dans un centre de rééducation près de Dumbéa. Le climat tendu des émeutes les affecte profondément. « On s’habitue aux bruits, des fois quand c’est calme dehors on se dit que c’est le calme avant la tempête. C’est vraiment nos quartiers qui sont touchés », confie Malia.

Son magasin habituel à Koutio fermé au début de la crise (avant de rouvrir), Malia a dû se rendre jusqu’à Auchan Belle-Vie et Auchan route de l’Anse-Vata pour faire ses courses, évitant le Mall de Dumbéa, jugé trop dangereux. Depuis le déploiement renforcé des forces de l’ordre, les émeutiers semblent plus calmes, mais Nathalie souhaite que tous les quartiers soient aussi bien protégés que ceux du sud de Nouméa. « On pense fort aux habitants du Mont-Dore, ce sont les grands oubliés de la Calédonie », ajoute-t-elle.

Rapidement réquisitionnées en tant qu’aides-soignantes, Nathalie et Malia ont dû relayer leurs collègues coincés au centre-ville. Nathalie a passé une semaine entière au travail, dormant sur place malgré ses trois enfants à la maison. Elles savent que leur travail est essentiel, mais la fatigue est palpable. « On est toujours les derniers, on mérite un peu plus de considération et de reconnaissance », souligne Nathalie. « On fait face à l’état psychologique des soignés, c’est dur. »

Impact sur les familles

En dépit des tensions, Nathalie et Malia sont déterminées à exercer leur devoir de citoyennes lors des élections législatives, dont le second tour a lieu ce dimanche. « Il faut qu’on vote pour notre avenir. La santé est primordiale. Quand on demande de l’aide, il ne faut pas pinailler », disent-elles en chœur. Malia, votant sur la commune du Mont-Dore, a donné sa procuration à sa mère et compte bien appeler la mairie pour confirmer. Quant à Nathalie, elle espère un retour au calme rapide. « Moi, je comprends la lutte. C’était censé être pacifiste mais », déplore-t-elle, « on ne brûle pas les commerces, on ne brûle pas les structures. Ce qui m’a vraiment mise en colère, c’est d’avoir attaqué les pharmacies, les centres de dialyse et tout ce qui touche à la santé. »

À quelques pas de là, Alphonse, père de famille, observe son fils de 14 ans faire du skateboard. Il a décidé de ne pas rescolariser ses enfants tant qu’il ne sera pas rassuré par la levée de tous les barrages. « Mes enfants jouent à faire des barrages dans le jardin, c’est devenu un quotidien. C’est triste et je suis extrêmement anxieux avec ce climat », dit-il. Alphonse ira voter avec sa femme et son fils aîné, récemment majeur. « C’est l’avenir du pays qui se joue, on veut participer à la reconstruction. Ça ne peut plus durer comme ça, on n’est plus en 84. »

La piscine, un havre de paix

Non loin de là, la piscine municipale a rouvert depuis mercredi, avec des horaires partiellement aménagés en raison du couvre-feu encore en vigueur. Laurent, un habitué, exprime sa joie de pouvoir à nouveau faire des longueurs. « J’adore venir ici nager, ça me détend et me permet de garder la forme. La réouverture de la piscine est un véritable soulagement, rien que pour ma santé mentale. » Concernant les élections, il ajoute, avec lassitude : « les choses changent et en même temps elles ne changent pas, c’est compliqué de se positionner, même si je sais pour qui je mettrai mon bulletin dans l’urne dimanche ».

Margaux Lorenzini

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