Le tribunal de Nouméa en ravit certain(e)s et en contrarie d’autres

La Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), bras armé de l’Union Calédonienne, elle-même branche dure du mouvement indépendantiste, a été, samedi soir, par la justice, éparpillée par petits bouts façon puzzle. Les réactions d’élus ne sont pas fait attendre.

Sonia Backes, touchée personnellement par les violences en cours depuis six semaines (son père, harcelé, a dû être exfiltré de chez lui par des unités spéciales), a été l’une des premières personnalités de la vie politique calédonienne à réagir après l’annonce, faite samedi soir par La voix du Caillou, de la mise en examen de onze responsables de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), sept d’entre eux ayant été envoyés directement en Métropole pour y commencer leur détention provisoire. La présidente de la province Sud a posté, sur sa page Facebook, une pensée de Blaise Pascal : « La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique (…) Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. »

« Justice a été rendue »

Virginie Ruffenach, présidente du groupe Rassemblement au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, a elle aussi commenté la nouvelle, sur Facebook. « Le procureur nous l’avait indiqué : ‘’la justice ne tremblera pas’’. Elle n’a pas tremblé », s’est-elle réjouie. « Des milliers de Calédoniens ont tout perdu à cause des exactions commises depuis le 13 mai dernier. Leurs emplois, leurs outils de travail, leur capacité de nourrir leurs familles, de payer leurs traites, de vivre tout simplement. Ils ont surtout perdu confiance dans le vivre-ensemble », rappelle-t-elle.

« Le peuple a été traumatisé par cette haine, cette violence et cette puissance de destruction. » Samedi soir, « justice a été rendue », sanctionnant les « commanditaires et organisateurs » présumés « de ces actes ». Elle ajoute : « Si nous avons encouragé les Calédoniens à voter trois fois non à l’indépendance, c’est justement pour que le peuple ne soit pas soumis à la loi du talion, à la violence, à la loi de la jungle. Dans un État de droit, le citoyen doit être protégé, l’ordre doit régner et la justice doit passer. Pour tout cela, je suis fière d’être Calédonienne et Française. »

Daniel Goa (en noir), à l’occasion d’une conférence de presse, le 29 avril à Nouméa.

« Déportation politique »

« L’ensemble de responsables, des militants et sympathisants de l’Union Calédonienne ont appris avec stupeur la déportation en Métropole dans la nuit des responsables et militants de la CCAT, dont notre Commissaire général Bichou Tein ainsi que deux mamans d’enfants en bas âge », entame, pour sa part, Daniel Goa dans un communiqué transmis hier après-midi. « Les responsables de la CCAT ne sont en rien des commanditaires d’exactions mais aujourd’hui des martyrs de la justice coloniale », estiment-ils, avant de les défendre : « tout ce qu’ils ont fait est d’organiser depuis plus de six mois les manifestations pacifiques contre le dégel du corps électoral. Il n’y a rien d’illégal à tout ça ou alors nous ne sommes plus dans un État de droit qui revendique la liberté d’expression ! »

Le président de l’UC « demande l’annulation de cette déportation politique et dénonce une décision extrême qui illustre que l’indépendance de la justice est une comédie en Nouvelle-Calédonie », estimant que les « milices » ne sont, écrit-il, pas inquiétées.

« Concertation afin de définir une stratégie »

Daniel Goa persiste et signe : « la déportation de responsables et de militants est une habitude mise en œuvre par la France dès la prise de possession de 1853. Elle est la preuve qu’en 2024, ce pays a recours à des pratiques d’un autre temps (…) Si l’on se réfère à son histoire, cette pratique ne peut la conduire qu’à un échec. » En conséquence, poursuit le dirigeant indépendantiste, « le mouvement appelle l’ensemble des responsables politiques, coutumiers et de la société civile, au plan local et international, à dénoncer la politique coloniale, répressive et rétrograde de la France à l’encontre du peuple Kanak et les invite à une concertation afin de définir une stratégie qui la mettra en échec ». Pas un mot, comme à son habitude, sur les dernières exactions. Et par un mot non plus sur une éventuelle levée des barrages, qui compliquent la libre circulation des habitants du Caillou.


« Rester lucides, calmes, concentrés, solidaires »

« Malgré les décisions de justice qui viennent de tomber pour les onze militants de la CCAT, nous lançons solennellement un appel au calme », écrit le Mouvement des Océaniens indépendantistes (Moi). À ses sympathisants, il est demandé de « rester lucides, calmes, concentrés, solidaires » et d’« agir avec discernement ». « Rappelons que le projet de loi sur le dégel du corps électoral est enterré, même si nous devons rester vigilants. Les soutiens internationaux sont non seulement très très conséquents mais en plus unanimement en faveur des indépendantistes », ajoute le Moi. « De plus, après les européennes le président Macron a décidé de dissoudre l’Assemblée nationale, sa majorité est mise à mal de toute part en France et à l’international. »


Anthony Fillet

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