La Vallée-du-Tir, entre résilience et tensions sous-jacentes

Revenu au calme depuis quelques jours, le quartier de la Vallée-du-Tir reste marqué par les événements des dernières semaines. Si l’activité reprend peu à peu, les braises y sont encore chaudes.

Mardi 11 juin, 9 heures, à la Vallée-du-Tir. La quinzaine de barrages installés dans les premiers jours des troubles, réalisés au moyen de branchages et de carcasses de voitures, ont été balayés. Les détonations entendues régulièrement il y a encore quelques temps ont laissé place à un silence nouveau. Presque inquiétant.

« Encore très tendu »

Pourtant, le chaos environnant laisse entrevoir les désordres vécus par ses habitants ces dernières semaines. Rue Paul Bert, une série de maisons a été incendiée. Les riverains habitant encore sur place restent sur le qui-vive. Car si en journée, le quartier semble revenu au calme, « la nuit on ne dort plus. Il y a tout le temps quelque chose qui brûle », signale Béatrice*, dont la maison a été en partie brûlée au début des émeutes. Partie se réfugier chez des amis les premiers jours, elle est retournée depuis peu à son domicile. « On ne se sent pas en sécurité du tout. Certes, les forces de l’ordre interviennent dès qu’on les appelle, mais ce n’est pas suffisant. C’est encore très tendu », regrette-t-elle.

A quelques mètres de là, nichés dans un petit abri de fortune en bord de route, fait de tôle et de bois, Judicaël, Richie et leurs camarades veillent au grain. A l’entrée de leur camp, les jeunes hommes ont disposé une pancarte en bois, sur laquelle trône plusieurs messages et photos. Une phrase, « Kanaky, n’oublie jamais tes enfants qui se sont levés pour toi », est inscrite à côté de citations de l’indépendantiste Pierre Declercq, et d’invitations à stopper « la destruction de nos montagnes » à travers « l’extraction massive ».

Au sein de plusieurs abris, un hommage est rendu aux personnes décédées ces derniers jours.

Le retrait du texte, un point c’est tout

Mais la principale raison pour laquelle ces militants – qui affirment ne pas appartenir à la CCAT – assurent une présence sur place, tient en quelques mots : « le retrait du texte pour le dégel ». « On a qu’un but, c’est ça. En fait, c’est une façon pour nous de faire valoir nos droits, en tant que Kanak […] Le combat qu’on mène dans nos quartiers, il est légitime », affirment-ils.

Et ce n’est pas la dissolution de l’Assemblée nationale – annoncée par Emmanuel Macron et ayant pour effet de suspendre la réforme constitutionnelle – qui mettra fin à leur mobilisation. « Il faut que ce soit acté, que le texte soit retiré. Là, seulement, on partira », insiste Judicaël. Le retrait de leurs barrages par les forces de l’ordre ? « Ce n’est pas normal. Les barrages des quartiers sud, ils ne les ont pas enlevés ! Pourquoi eux ont le droit de faire des barrages et nous non ? », interroge-t-il.

En contrebas de ces habitations incendiées et de ces postes de militants, vers la rue principale du quartier, la vie essaie de reprendre le dessus, tout doucement. Il faudra sans doute du temps, pour retrouver la Vallée-du-Tir d’antan. Mais déjà, les énergies s’affairent, et les « coups de main » se font désormais plus nombreux que les tirs et les incendies. Un des deux seuls commerçants du quartier à avoir été épargné par les flammes, Dany, est aidé chaque nuit par des voisins et des membres de sa famille, qui surveillent le lieu. Une solidarité qui permet à chaque habitant du quartier de venir se réapprovisionner en vivres, sur place. « La peur a disparu. Les gens sont rassurés qu’il y ait un magasin qui reste ouvert », assure celui-ci.

Aux quatre coins de la Vallée-du-Tir, des points stratégiques sont tenus par des militants.

Nikita Hoffmann

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